Cheikh Khaled Bentounes


L’homme et le message

L’homme

Cheikh Khaled Bentounes
Ecrivain, pédagogue, conférencier, le cheikh Khaled Bentounes parcourt le monde depuis de nombreuses années, principalement l’Europe, l’Afrique et le Moyen-orient où il transmet l’enseignement traditionnel du soufisme (tasawwuf en arabe). Le cheikh Bentounes souligne que « si l’Islam est un corps, le soufisme en est le cœur, on y réapprend à goûter la saveur de Dieu dans le silence de l’instant« .

Il se fait le témoin d’une culture de paix et de fraternité soucieuse d’unir les efforts des uns et des autres afin de dégager un dénominateur commun nourri par des valeurs universelles partagées.
Homme de méditation et d’action, il s’est engagé très tôt dans des actions culturelles et sociales, principalement en France et en Algérie.

Depuis l’année 2000, il participe à la consultation mise en place par le gouvernement français en vue de l’organisation du culte musulman en France et qui aboutit à la création, le 3 mai 2003, du Conseil français du Culte Musulman (CFCM) dont il devient membre du conseil d’administration.

L’homme de dialogue

Rencontre avec le Papa Jean-Paul II - 1989
« Si les musulmans et les chrétiens me prêtaient attention, je ferais cesser leurs divergences et ils deviendraient frères à l’intérieur et à l’extérieur« , De sa prison à Amboise, l’émir Abdelkader exprimait ainsi ce rêve de fraternité entre l’islam et l’Occident.
En 1948, le cheikh Hajj Adda Bentounes, grand-père du cheikh Khaled, fonde « Les Amis de l’Islam« . A cette époque, elle fut la seule association œcuménique à offrir un cadre de débat et de rencontre conviviale entre les religions et les différents courants de pensée.

Fidèle à cet esprit de rencontre et de fraternité, le cheikh Khaled Bentounes s’engage très tôt dans la voie de la rencontre et du dialogue. L’évêque d’Oran, Monseigneur Claverie, disait de lui en 1982 : « Ce chef spirituel est d’une profondeur extraordinaire et, en même temps, ouvert à tout ce que les autres courants religieux portent de meilleur. Le fondement de sa voie est l’amour universel. Musulman dans l’âme, il est le prototype d’un Islam de dialogue et de fraternité…  » Durant les années quatre-vingts et quatre-vingt-dix les rencontres œcuméniques et culturelles vont se multiplier, notamment en France, en Belgique et en Suisse. Le cheikh Bentounes se rend notamment au Vatican en 1989 où il est reçu par le Pape Jean-paul II. Il lui remet le premier logiciel de recherche sur le Coran, développé par l’Institut Alif dont il est le président. La même année, à Varsovie, dans le cadre du cinquantenaire de la seconde guerre mondiale, il participe aux rencontres internationales pour la paix, « Hommes de prière en quête de Paix »
A Malte, en 1998, il collabore avec l’Unesco pour favoriser le dialogue interculturel et interreligieux, et en septembre 2000, il est invité officiellement à une rencontre majeure en Ouzbékistan, dans le cadre du programme « Les Chemins de la Foi « .
Congres Imams et Rabbins - 2003

En janvier 2000, il est l’initiateur du colloque international « Pour un Islam de Paix » qui se déroule à l’Unesco.
Cette rencontre majeure, à laquelle il participe, attire des personnalités de tous horizons pour échanger autour des valeurs fondamentales et universelles de l’Islam.
Soucieux de contribuer aux efforts pour la paix en Algérie, il participe, au mois d’octobre 2001 à Mostaganem, au congrès « L’éducation et la connaissance à travers les œuvres du cheikh aI-‘Alawi« , où toutes les familles politiques et religieuses d’Algérie se retrouvent pour échanger autour de cette grande figure du soufisme du XXe siècle.
En mai 2002, il participe, à Barcelone, à la conférence « Tradition mystique et Dialogue interreligieux« , organisée par l’Unesco.

Auteur d’un poème sur la paix pour le « Livre International de la Paix« , il est officiellement invité en octobre 2002 à la cérémonie solennelle inaugurale du Mémorial de Caen, en compagnie de personnalités du monde politique, religieux et culturel.

Karma Ling - 2005

Il participe par ailleurs à de nombreuses rencontres inter-traditions: à Magdala (dans le Cher) tous les printemps, organisées par la Fraternité d’Abraham, et à Lorgues (dans le Var) tous les étés au Monastère orthodoxe Saint-Michel. Il est aussi régulièrement invité par le Dialogue Interreligieux Monastique (DIM), en France, en Suisse et en Belgique pour animer des séminaires sur l’Islam et le Soufisme.

En été 2003, le cheikh Bentounes participe à Martigny en Suisse, à un forum en faveur d’une culture de paix dans le cadre du festival  » Les Journées des 5 Continents« .

Durant la même période, il est invité à la rencontre Islam- Dharma dans le cadre de l’Institut Karma Ling. Organisée sur les hauteurs de Chambéry, cette rencontre majeure du Bouddhisme et de l’Islam a donné lieu à plusieurs conférences, à des temps spirituels ainsi qu’à des projections vidéos sur ces deux grandes traditions.

L’homme d’action

L’Islam se définit comme une voie du juste milieu En accord avec ce principe, elle fait de toutes les actions utiles aux hommes une forme de prière, ‘ibada. De tous temps, les maîtres soufis ont fait de l’action d’un individu dans la société un reflet de son Intériorité, et comme le souligne le cheikh Bentounes dans un article Intitulé « La voie du Juste milieu » paru dans la revue Panoramiques : « Si la politique est la gestion de la cité des hommes, la spiritualité est celle de notre cité intérieure. Elle nous engage à cheminer dans le sens du bien, de l’unité, de la fraternité. Elle n’a pas pour vocation d’exclure le politique : son rôle est; au contraire, de lui donner du sens, de l’humaniser« . Fidèle à cet enseignement le cheikh Khaled Bentounes s’est tourné vers le monde associatif pour mettre en place des projets religieux culturels, sociaux, scientifiques, etc. Il est à l’origine de la création de plusieurs associations en Algérie, en France, en Belgique, en suisse…

En Algérie, l’association Cheikh al-‘Alawi pour l’Education et la Culture Soufie organise depuis plus de dix ans des actions dans le domaine du patrimoine (acquisition et conservation de documents anciens ), de l’édition (l’œuvre du cheikh al-‘Alawi, enregistrement audit de chants spirituels ) et de l’organisation de colloques autour de la spiritualité de l’Islam, notamment sur le thème de l’œuvre du cheikh al-‘Alawi et de son successeur, le cheikh Hajj Adda Bentounes. Elle s’occupe également d’œuvres sociales et organise régulièrement des actions en faveur de l’éducation des enfants (crèche, appuis scolaires, chorales d’enfants, cours d’informatiques…) et des gens démunis (opération Mâ’ida de distribution de repas durant le mois de Ramadan …).

Soucieux de développer une réflexion et une action à long terme sur le patrimoine matériel et immatériel de l’humanité, le Cheikh Bentounes est à l’origine de la création de la fondation Djanatu-al-Arif, le Jardin du connaissant, Centre Méditerranéen du Développement Durable. Choisir de développer durablement un territoire suppose de trouver un bon équilibre entre le respect de l’environnement, le développement économique et l’épanouissement de l’âme. Réconciliant tradition et modernité, cette fondation basée à Mostaganem (Algérie), entend participer à la construction de l’homme dans la dignité, par la beauté et avec sagesse. La spiritualité soufie peut nous aider en incitant à revenir à une dimension intérieure plus vivante, plus fraternelle et plus sacrée.
Au milieu des années 80, il crée et dirige l’Institut Alif, spécialisé dans l’édition de logiciels informatiques. Un périodique sur la recherche informatique est aussi édité ainsi que plusieurs logiciels dont Al-Furqan, outil de consultation du Coran issu de la banque de données BUDI créée en 1986. Durant la même période, plusieurs revues et livres sont édités par « Les Amis de l’Islam » sur le soufisme et l’œuvre du cheikh al-‘Alawi.
Marche dans la ville de Bordeaux à l'occasion de la Flamme de l'Espoir - 2007
Il est à l’origine de la création, en 1991, de l’association des Scouts Musulmans de France, dont il est le président- fondateur. Elle est agréée par le Ministère de la Jeunesse et des Sports en tant qu’association d’éducation populaire Elle fait partie du Scoutisme Français et de l’Organisation Mondiale du Mouvement Scout .Présente dans de grandes banlieues de France, elle propose la méthode scoute aux jeunes issus de l’immigration avec une pédagogie innovante. Plusieurs événements sont organisés par les SMF, notamment « la tente d’Abraham » lieu de rencontre et d’échange qui a lieu tous les ans au printemps. Les SMF sont également les coéditeurs de Takya, premier cd-rom interactif sur les cinq piliers de l’Islam.

En 1999, le cheikh Bentounes crée l’association Terres d’Europe, trait d’union entre l’Islam et le monde occidental afin de favoriser un dialogue de paix et de réconciliation ; il collabore régulièrement à la revue de cette association.
Terres d’Europe est à l’origine du colloque à l’Unesco « Pour un islam de paix » et organise régulièrement des séminaires, des conférences et des formations.
En 2001 a débuté un cycle de séminaires intitulé « Thérapies de l’âme« , animé par le cheikh Bentounes et qui s’adresse à des spécialistes : médecins, psychiatres et psychothérapeutes.
Chaque année, il célèbre à Paris le Festival du Mawlid avec des musiques et des chants traditionnels.
Le cheikh Bentounes participe, à la demande du Centre Hospitalier Universitaire de Rouen, à un temps d’enseignement pour le personnel et les étudiants de la Faculté de Médecine. Il Intervient aussi à l’Ecole Nationale de la Magistrature dans le cadre de la formation continue des magistrats. Il est également sollicité par des universités, tant en France (Nice, Toulon…) qu’à l’étranger, pour intervenir sur des questions de société.

En 2001, en compagnie de l’Echevin de la Jeunesse et des sport de Schaerbeek en Belgique Michel de Herde, il participe à la conférence « Eveil, Education, identité, Citoyenneté« . A l’initiative de l’Ambassade de France auprès du Saint- Siège, il participe au colloque « Quelle laïcité en Europe ?« .
Expositon Emir AbdelKader en compagnie du Président de la république Algérienne Mr Abdelaziz Bouteflika

En mai 2001, il prend part avec un groupe de scientifiques, dont le professeur Rémy Lestienne, à une conférence intitulée « Sciences et spiritualité« .L’année suivante, en compagnie de Jean-Marie Pelt, il participe à une conférence au Sénat sur le thème « Ecologie et intériorité de l’être« .Au cours de l’année 2003, dans le cadre de l’année de l’Algérie en France, le cheikh Bentounes participe à des colloques et des expositions sur la vie et l’œuvre de l’émir Abdelkader au Centre historique des Archives nationales et à l’Institut du Monde Arabe.

Au Printemps 2003, le cheikh Bentounes est invité à participer au colloque international intitulé « Une école spirituelle dans le monde : la voie soufie de Shâdhilis« .
En compagnie de Mr le ministre de l'intérieur N. Sarkozi (actuel Président de la république française) et de Mr le premier ministre JP Raffarin à l'occasion de la création du CFCM

Cette rencontre se tient dans la prestigieuse bibliothèque d’Alexandrie en Egypte et réunit des spécialistes de l’Islam et du Soufisme.

La dernière semaine de juin 2003, s’est tenu au Palais des festivals de Cannes, le « 5e Symposium International de l’Eau« . Le cheikh Bentounes a été invité à Intervenir sur le thème de « L’Eau, société et symboles« .
D’abord initiées par le ministre de l’intérieur, M. Jean- pierre Chevènement, des consultations sont organisées régulièrement depuis l’année 2000 en vue de créer une structure apte à favoriser l’expression de l’islam de France.
En tant que personnalité qualifiée, le cheikh Bentounes est invité à participer à ce « chantier « . L’initiative, reprise ensuite par M. Michel Vaillant et enfin par M. Nicolas Sarkozy, aboutit après un long processus de maturation, à la création, le 3 mai 2003, du Conseil Français du Culte Musulman(CFCM).

Le guide spirituel

Le cheikh Khaled Bentounes est né à Mostaganem en 1949. Cette ville est surtout connue pour son port de pêche, son quartier turc, ses familles andalouses et la douceur de son climat.
Mostaganem, la ville des savants et des saints, perpétue un enseignement spirituel et renferme dans ses murs un patrimoine culturel important de l’univers soufi. L’antique Murustaga des Romains est, en effet, la ville où de nombreuses confréries soufies (tariqa au singulier, turuq au pluriel) demeurent toujours vivantes et actives. C’est dans cette ville que se trouve le siège de la tariqa ‘Alawiyya, héritière de la tariqa Shâdiliyya-Darkawiyya dont le fondateur éponyme est le cheikh Ahmed ben Mustapha al-‘AIawi (1869-1934), auteur de nombreux ouvrages (traités de métaphysique, philosophie, théologie, recueils de poèmes, etc.) Il est vénéré comme l’un des grands saints du XXe siècle.
C’est dans la zawiya, siège de la confrérie, qu’est dispensé l’enseignement traditionnel. C’est dans une atmosphère de lecture du Coran, d’auditions spirituelles et de méditation que grandit le cheikh Khaled Bentounes. Il poursuit sa formation en Europe, où il vient étudier le droit et l’histoire.
Cette rencontre avec la France est alors pour le cheikh Bentounes l’occasion d’éprouver l’enseignement traditionnel reçu en Algérie et, comme il le dit lui-même « Tout mon séjour en occident a consisté à mettre en pratique et à acquérir la force qui en découlait« . Le 24 avril 1975, le cheikh Hajj al-Mahdi Bentounes s’éteint à Mostaganem, à la zawiya-mère.
Khaled Bentounes, alors installé en France, se rend en Algérie pour y enterrer son père qui était aussi son guide spirituel.

Réunion spirituelle à l'occasion du centenaire de la voie soufi Alâwiyya - 2009

Après une transformation radicale, le cheikh Khaled Bentounes devient le 46e maître spirituel de la confrérie soufie ‘Alawiyya. Cette chaîne spirituelle ininterrompue ou silsila remonte à travers le temps, de maître à maître, jusqu’au prophète Mohammed.

Le maître, ou le guide, est un compagnon de route qui connaît le chemin pour l’avoir déjà emprunté. L’initié devient alors initiateur et il a le devoir de transmettre un enseignement. Celui-ci peut se faire individuellement dans le cadre de réunions spirituelles, de conférences ou de séminaires. Les disciples de la confrérie ‘Alawiyya organisent régulièrement, dans plusieurs villes de France et à l’étranger, de grandes réunions spirituelles au cours desquelles le cheikh Bentounes donne un enseignement (mudhakara).Tous les ans, à la fin du mois de juillet se déroule, en la présence du cheikh Bentounes, un pèlerinage sur la montagne de La’lam, au Maroc à l’emplacement du Mausolée du grand saint du Xlle siècle Moulay Abdessalam ibn Mashish.

La responsabilité du guide spirituel est immense. En plus des actions d’ordre temporel, le guide a une fonction éminemment spirituelle et il doit répondre à toutes les questions de ceux qui le consultent. Le cheikh Bentounes décrit ainsi le maître : «  le cœur du maître est assez grand pour porter tous les êtres humains avec toutes leurs contradictions et toutes leurs voies, car chacun va vers Dieu selon sa propre mesure, sa propre détermination et sa propre volonté »
Le guide spirituel apporte un enseignement et un soutien à tous ceux qui ont volontairement fait le choix de cheminer dans cette voie d’éveil pour les aider à se réaliser un peu plus chaque jour.

L’homme de plume

L'homme de plume
Le cheikh Bentounes est l’auteur de deux ouvrages sur le soufisme. Le premier, Soufisme Cœur de l’islam, édité en 1996 et réédité en espagnol, en anglais et en arabe, est une approche à la fois simple et profonde de ce message dont il est l’un des garants.
Comme le souligne le père Christian Delorme dans la préface du livre : « En présentant avec simplicité, mais aussi avec toute sa profondeur, une partie de l’expérience et de l’enseignement qu’il transmet d’habitude aux affiliés de sa confrérie, cheikh Khaled rend un grand service à l’islam et à la vérité, car il donne à connaître une mystique d’une richesse spirituelle exceptionnelle que beaucoup de nos contemporains ne soupçonnent pas, imprégnés que nous sommes des images de violence qui traversent malheureusement en ce temps le monde musulman« .

Son deuxième livre, sorti en librairie en 1998, L’homme Intérieur à la Lumière du Coran, est une invitation à relire autrement le texte coranique.

Il est co-auteur de plusieurs ouvrages sur l’enseignement traditionnel. Notons en particulier l’introduction de Pour un Islam de paix, paru en 2001 chez Albin Michel, et son essai sur La Transmission spirituelle, édité en 2003 aux éditions du Relié.

Persuadé que le meilleur moyen de préserver un patrimoine est d’en faire bénéficier le plus grand nombre en le diffusant, il veille à transmettre l’héritage laissé par les précédents maîtres. Il accompagne la traduction des livres du cheikh al-‘Alawi en particulier la Minah Qudusîyya, et c’est ainsi qu’il assemble et préface le Chœur des Prophètes et La Fraternité des Cœurs, enseignements du cheikh Hajj Adda Bentounes.

Il est régulièrement sollicité par des journaux et revues.

Il écrit entre autres dans Témoignage chrétien, Actualité des religions, Panoramique, Islam de France, etc. des articles variés sur des thèmes concernant l’Islam, le soufisme et la spiritualité mais aussi l’écologie, le rôle de la femme et divers sujets de société.

Depuis avril 2000, il participe, en tant qu’écrivain, au jury du prix de la spiritualité, décerné pour la première fois et attribué à sa Sainteté le Dalaï Lama.

Le message

« Si Dieu avait voulu, il aurait fait de vous une seule communauté. Mais il a voulu vous éprouver par le don qu’il vous a fait. Cherchez à vous surpasser les uns les autres dans vos bonnes actions« .

Fidèles à l’esprit de ce verset du Coran, les soufis ont de tous temps été des traits d’unions, des ponts entre les hommes, les cultures, les pensées. Persuadé que la diversité des cultures, des cultes, des pensées est une miséricorde divine, le cheikh Khaled Bentounes invite chacun à revenir vers l’origine commune de la fraternité adamique.

Il partage la conviction de tous ceux qui croient en un monde meilleur et que, pour le réaliser, l’homme doit s’humaniser d’avantage en se réconciliant avec lui-même et avec son environnement. Il devient alors un être humain responsable porté par l’éternel Vivant.

La voie du juste milieu

« A notre époque, la confusion est grande entre spiritualité et religion. Et il s’avère même, que certains religieux craignent, voire condamnent le spirituel, car celui-ci libère l’homme, par une réflexion profonde et une méditation attentive, du dogmatisme étroit de la dialectique et de la casuistique théologique. Cet enseignement permet de retrouver en nous la connaissance qui structure et nourrit la conscience. Cela nous conduit à expérimenter un état d’être en harmonie avec la réalité qui nous entoure.

En ce sens la tradition soufie prêche la voie du juste milieu entre le temporel et le spirituel. Entre la loi (shari’a) et la vérité (haqiqa) : si la première est un moyen d’adoration, une aide et un garde-fou permettant à l’homme de vaincre ses passions, d’atténuer son égoïsme et d’ouvrir son cœur à la générosité et au respect d’autrui, la seconde lui permet de vivre l’intime expérience de la présence divine.

Par ailleurs, la loi ou shari’a, en elle-même, s’avère impuissante et dénuée de sens si elle se pratique sous la contrainte, « pas de contrainte en religion… » affirme clairement le Coran (Sourate 2, verset 256) ».

L’unicité

« De progression en progression la raison devient l’aliment qui nourrit la conscience, en se rendant à cette grande évidence que tout savoir conduit au concept de l’Unicité. Cette prise de conscience de l’Un implique que tout savoir conduit à Dieu, même si certains refusent de l’admettre. Cette deuxième lecture (la lecture par la raison) repose sur la foi, second pilier de la religion (imân) qui rattache la conscience à l’unité transcendantale. Elle est une force, une énergie qui pousse l’homme vers la certitude, la réalisation de son être d’étape en étape, de l’extérieur vers l’intérieur et de l’intérieur vers l’extérieur, créant ainsi un double mouvement qui relie le relatif à l’Absolu l’individualité de l’être au Principe Eternel et Essence Première de toute manifestation « Il est le Premier et le Dernier, l’Apparent et le Caché, Il connait parfaitement toute chose » (sourate 57 verset 3). Et c’est cela précisément qui donne à la formule de l’unité (tawhid) la profession de foi musulmane « Pas de divinité autre que Dieu et Mohammed est le messager de Dieu », sa véritable dimension. A-t-on pour autant dépassé l’état de dualité ? A-t-on accédé à la non-dualité comme étape vers l’Unité ? A-t-on atteint la certitude « lorsqu’on voit, on n’a plus besoin de croire ! » C’est-à-dire l’état de vision directe qui dépasse la croyance, qui s’élève au-dessus de la foi pour accéder à la réalisation de l’Unicité dans l’Unité, là où, à la fois tout subsiste et se fond dans le Tout »

Extrait tiré du livre La Transmission spirituelle, Editions le Relié, 2003.

La Paix et la Fraternité

« L’action de l’homme vertueux d’œuvrer pour le bien dans la société au sein de l’humanité devient alors une nécessité pour sa quête et un impératif dans sa relation avec le divin, et non seulement un devoir moral ou religieux. Elle est le salut de l’âme ici-bas sans attendre de récompense future dans l’Au-delà. C’est le chemin de l’Amour désintéressé qui conduit vers la paix, la fraternité et l’élévation vers le divin, source de Miséricorde, qui octroie à l’homme par Sa grâce salvatrice le salut éternel. Si, par contre, cette notion de salut s’attache à l’attribution d’une récompense future et à la crainte du châtiment éternel, elle conditionne notre comportement à suivre aveuglément un credo, un dogme, une morale comme seule voie exclusive de salut. Elle devient alors un référent lourd de conséquence face à la liberté d’autrui et au respect dû à celui, différent, qui ne pense pas ou qui n’a pas la même foi que nous. Cette conception du salut ne fait pas de nous des êtres fraternels, ouverts vers l’universel, mais au contraire, des êtres pensant que seuls ceux qui sont de la même croyance que nous sont dans le vrai et méritent le salut. On se prive par cette attitude de reconnaître l’immense Miséricorde divine capable d’accueillir en son sein toutes les créatures »

Extrait tiré de l’article Revenir vers le Miséricordieux, Témoignage Chrétien, septembre 2000.

Le Vivant

« Nous sommes vivants, biologiquement, par l’hérédité, par ce que nous avons hérité de nos parents. Le Vivant s’est transmis de parents à enfants, de génération en génération. Nous sommes vivants parce que nous nous exprimons. Nous avons un intellect, une raison qui nous permet de découvrir le monde, de l’écouter, de le penser, de le réfléchir et de dialoguer avec lui. Mais il y a encore quelque chose qui va plus loin que cela : le Vivant par Dieu. Au-delà du biologique, au-delà de l’intellectuel, le Vivant s’exprime à travers toute chose et Il est visible en toute chose si on l’a découvert en soi, c’est-à-dire, si nous avons découvert ce qui fait l’essence de nous-mêmes, l’essence de notre être. C’est par cette dimension du Vivant en nous, qu’il faut approcher les choses. C’est une perspective latente chez tout être humain, mais que peu découvrent… « 

Extrait tiré de la Conférence Soufisme, Spiritualité du Vivant, Sorbonne, février 2003.

L’environnement

« S’inspirant de la sagesse des anciens qui avaient fait d’elle un élément sacré, (dieux des eaux, déesses des mers, lymphes, maîtres des eaux, génies des eaux etc.), nous pouvons nourrir notre réflexion pour tenter d’établir une nouvelle relation avec elle. Car l’eau, petit à petit, a perdu à nos yeux son originalité et nous ne voyons plus le miracle quotidien procuré par ses bienfaits. Elle devient une marchandise, une matière première convoitée. C’est parce qu’elle est la mère nourricière de toute l’humanité, dispensatrice de force et d’équilibre, de beauté et de rêve que son approbation par un groupe au détriment des autres doit nous faire réfléchir profondément sur l’avenir. Le problème de l’eau en ce début du 21ème siècle, sa gestion, sa répartition entre tous, touche au plus haut point la conscience humaine et va mette la solidarité internationale devant une rude épreuve. Nous sommes devant une problématique qui dépasse de loin toutes les autres et en même temps les conditionne toutes. La famine, la désertification, l’usage immodéré de l’eau dans l’agriculture, la pollution des nappes phréatiques, le rejet des eaux polluées, les pluies acides, la fonte des glaciers, le phénomène d’El Nino, l’urbanisation incontrôlée, les Inondations, l’assèchement des zones humides et enfin, le problème lié à la climatologie de la terre font de l’eau le nouveau défi à relever pour faire face à la stérilité de la terre ainsi qu’à celle des esprits. »

Extrait tiré de Eau profane Eau sacrée, Symposium International de l’Eau, Cannes, 2003.

L’éducation d’éveil

« Le but essentiel de l’enseignement soufi est d’arriver à une harmonie, un équilibre entre sa nature originelle et l’Esprit qui le nourrit et l’élève vers la Réalité universelle. Cette éducation d’éveil se base sur trois principes fondamentaux et sacrés : La sacralité de la vie Toute vie est sacrée, dans le sens où elle a droit au respect et à la dignité ; « Sauver une vie, dit le Coran, c’est sauver l’humanité toute entière ». Eduquer et éveiller l’homme à protéger la vie, et le mettre en face de ses responsabilités par rapport à son pouvoir immense de destruction, de transformation, de domestication sur les êtres vivants à commencer par ses semblables. Cette prise de conscience doit l’amener à équilibrer ses rapports avec toute la chaîne de la création dont il est le denier maillon. Le monde minéral, végétal et animal doit avoir droit, à nos yeux, à la même considération et au même respect que les êtres humains. L’épanouissement de la raison Il est du devoir impératif des parents et de la société de transmettre le savoir et la connaissance afin de développer les potentialités intellectuelles de l’être humain, cela dans le but de faire de lui un élément constructif au sein de la société. Le prophète Mohammed a dit « Demandez la science du berceau au tombeau ». L’éducation spirituelle Réconcilier le corps et l’esprit, éveiller l’homme aux réalités subtiles, l’ouvrir sur l’universalité par la réalisation de l’unité afin qu’il puisse atteindre l’équilibre de son être »

Extrait tiré de l’éducation d’éveil à la citoyenneté, La fondation du Roi Baudouin, 2000.

La transmission

« La religion, dans ce qu’elle a d’essentiel, de spirituel. n’a de sens que si elle relie l’homme à l’Absolu. Elle l’invite par une expérience vivante et intime, réconciliant le corps et l’esprit à s’éveiller aux réalités subtiles. Elle lui permet d’atteindre l’équilibre et l’épanouissement de son être. Pour se parfaire en l’homme, elle a besoin d’un cheminement balisé, fruit de l’expérience, de la sagesse et de la connaissance de ceux qui l’ont devancé. En effet, c’est par cette transmission fidèle et complète qu’il se rattache aujourd’hui à cet héritage précieux et fécond. C’est le lieu de ressourcement où se perpétue la transmission de la tradition vivante d’une génération à une autre »

Extrait tiré de la revue Panoramiques, septembre 2001.

L’universel

« L’homme de demain sera universel ou bien se sera transformé en une sorte de machine pensante. Si on veut garder l’humanité en nous, c’est dans l’universalisme que se trouve l’avenir. Tous les intégrismes nous rappellent cela : ils viennent des conservatismes qui ne veulent pas être dérangés dans l’ordre – philosophique, moral et religieux — qu’ils ont créé et dans la sphère qu’ils contrôlent : tout cela est figé dans le temps. Toutes les écoles exotériques nous donnent des vérités toutes faites alors que la vraie spiritualité nous pousse à nous réaliser, à partir en quête. La recherche intérieure pousse l’être à aller vers ces possibilités à lui, celles qu’il ignore — elle ne lui donne pas la vérité toute emballée. D’ailleurs, ramener tout à un seul chemin, revient à diminuer la grandeur de l’Absolu, diminuer l’immense possibilité divine, les ramener à une échelle humaine. Chaque être humain, chaque fleur, chaque goutte d’eau, chaque flocon de neige, chaque feuille d’arbre… à sa spécificité. Chaque graine a son identité. Il n’y a pas deux empreintes digitales pareilles au monde ! C’est cela, le mystère de l’immense puissance divine, qui crée à chaque fois une unité à son image, donc unique ! Elle donne existence à une création nouvelle qui ne ressemble pas à une autre et ce parce qu’elle vient de l’Unique, qui ne refait pas les mêmes choses à l’identique mais les fait à chaque fois différentes pour les marquer d’une empreinte unique. L’avenir s’éclaircira quand les hommes auront compris que cette différence entre chacun est une immense miséricorde pour nous tous. Et le fait qu’il y ait plusieurs façons de voir les choses, plusieurs messages, plusieurs philosophies qui abordent les choses de façon nouvelle et différente, fait partie de cette volonté devine. Cette multiplicité dans sa diversité n’est pas humaine, elle est devine, pour me rappeler sans cesse l’unité. Celui qui comprend cela, va vivre dans un environnement à la fois universel et fécond pour lui, parce qu’il va puiser dans la totalité de l’héritage de l’humanité. Si on apprenait à nos enfants dans les écoles que le message d’Adam, de Noé, d’Abraham, de Moise, de Jésus, de Mohammed, de bouddha, de Lao-tseu… sont des messages non contradictoires mais complémentaires ? Et cela pour qu’ils aient la possibilité de puiser dans ces traditions afin de les vivre, de les sentir de les approcher sans les cloîtrer ni les encastrer en des systèmes qui finissent par enfermer les esprits et créer des catastrophes. L’être humain doit comprendre la spiritualité au sens large »

Extrait de l’article La multiplicité de l’Unique, Nouvelle Clés, n° 11, automne 1996.

Bibliographie

Auteur

– Le soufisme Cœur de l’Islam, 1ère édition, La Table Ronde, 1996, seconde édition, Pocket 1999.
– L’homme Intérieur à la Lumière du Coran, Albin Michel, 1998.
– Vivre l’Islam, Le Relié, 2003.

Coauteur

– Le Coran, Jésus et le judaïsme, Cheikh Bentounes, A. Houziaux ,G. Israël, Desclée de Brouwer, 2004.
– Lettres à Dieu, Calmann-Lévy, Paris, 2004.
– La Fraternité des Cœurs, Cheikh Adda Bentounes, Le Relié, 2003.
– Le Chœur des Prophètes, Cheikh Adda Bentounes, Albin Michel, 1999.
– La Transmission spirituelle, A. Desjardins, P. Haddad, P. Fenner, Cheikh Bentounes, Le Relié, 2003.
– Cet Autre mon Frère, Trabucaire, 2002.
– Dieu, voici comment les Français te prient, Fayard, Paris, 2002.
– Pour un Islam de Paix, Albin Michel, Paris, 2001.
– La Réincarnation, Albin Michel, Paris, 2001.
– Le Sens du Sacré, Albin Michel, 2000.
– La Quête du Sens, Albin Michel, 2000.
– Le Cercle des Anciens, Albin Michel, Paris 1998.
– Sagesses pour aujourd’hui, Calmann-Lévy, Paris, 1999.