Etapes des itinérants vers Dieu

août 31, 2009 
Categorie : Etapes des itinérants vers Dieu, Soufisme

Etapes des itinérants vers Dieu

Le premier stade, c’est la mise-en-route de celui qui a fait le propos (d’avancer). Le deuxième stade, c’est son entrée dans l’expatriement. Le troisième stade, c’est son arrivée à la contemplation, qui attire vers l’essence même de l’unification dans le chemin de l’anéantissement.

Hadîth concernant le sens du premier stade : L’envoyé de Dieu a dit : « Marchez! Les esseulés arriveront les premiers! » On lui demanda « O envoyé de Dieu! qu’est-ce que les esseulés? » Il    répondit : « Ce sont les frémisseurs, qui frémissent à la pensée de Dieu; la pensée de Dieu enlèvera leurs fardeaux, de sorte qu’ils viendront légers au Jour de la Résurrection. »

Hadith concernant le sens de l’entrée dans l’expatriement « La recherche de Dieu est un expatriement. »

Hadith concernant le sens de l’arrivée à la contemplation «Dans la tradition rapportant la question posée par Gabriel à l’envoyé de Dieu : « Qu’est-ce que le bien-agir? » Il répondit « C’est que tu rendes ton culte à Dieu comme si tu Le voyais; et si tu ne Le vois pas, Lui du moins te voit. »

I. Section des débuts / bidâyât

1.    L’éveil (yaqadha). Dieu a dit : « Dis :  Je vous exhorte seulement à une chose : Dressez-vous vers Dieu… » (Qor’ân, XXXIV, 46). Se dresser vers Dieu, c’est s’éveiller de la somnolence, de l’insouciance et se tirer du bourbier de la tiédeur. Ceci a lieu dès que le coeur s’illumine de vie, à la vision de la lumière de l’avertissement.

2.    Le retour à Dieu (tawba). Dieu a dit : « Ceux qui ne reviendront pas (de leur faute), ceux-là seront les injustes » (Qor’ân, XLIX, 11). Les conditions du retour à Dieu consistent en trois choses : le regret, l’excuse et l’extirpation.

3.    L’examen de conscience (muhâsaba). Dieu a dit : « Craignez Dieu! Que chaque âme considère ce qu’elle o avancé pour demain! » (Qor’ân, LIX, 18). On ne suit le chemin de l’examen de conscience qu’après avoir entrepris résolument d’exécuter l’engagement du retour à Dieu.

4.    La résipiscence ( inâba). Dieu a dit « Et venez à résipiscence à votre Seigneur » (Qor’ân, XXXIX, 54). La résipiscence consiste en trois choses revenir à Dieu en se réformant, comme on est revenu à Lui en s’excusant; revenir à Lui en étant fidèle, comme on est revenu à Lui en s’engageant; revenir à Lui en sa manière d’être, comme on est revenu à Lui en Lui répondant.

5.    La réflexion (tafakkur). Dieu a dit : « Alors que Nous avons fait descendre vers toi le Rappel, pour que tu montres aux hommes ce qu’on a fait descendre vers eux. Peut-être réfléchiront-ils » (Qor’ân, XVI, 44). Sache que la réflexion est l’enquête menée par la vue intérieure dans le but d’atteindre l’objet désiré.

6.    La méditation (tadakkur). Dieu a dit : « Ne se souvient que qui vient à résipiscence» (Qor’ân, XL, 13). La méditation est supérieure à la réflexion, car réfléchir, c’est chercher et méditer, c’est trouver.

7.    Se mettre hors de péril (i’tisâm). Dieu a dit : « Mettez vous hors de péril en vous cramponnant à la corde de Dieu, en totalité! » (Qor’ân, III, 103), et « Mettez-vous hors de péril en vous cramponnant à Dieu, Il est votre Maître! » (Qor’ân, XXII, 78). Se cramponner à la corde de Dieu, c’est être fidèle à Lui obéir, en guettant Ses ordres; se cramponner à Dieu, c’est s’élever au-dessus de toute imagination et se délivrer de toute hésitation.

8.    La fuite (firâr). Dieu a dit : « Fuyez auprès de Dieu! » (Qor’ân, LI, 50). La fuite consiste à s’enfuir de ce qui n’est pas, auprès de ce qui n’a jamais cessé d’être.

9.    L’ascèse (riyâda). Dieu a dit « Ceux qui donnent ce qu’ils donnent et dont les coeurs frémissent… » (Qor’ân, XXIII, 60). L’ascèse consiste à entraîner l’âme à faire sien ce qui est vrai.

10.   L’audition (samâ’). Dieu a dit : « Si Dieu avait reconnu en eux quelque bien, Il les aurait fait entendre» (Qor’ân, VIII, 23). Le point essentiel de l’audition, c’est l’éveil de l’attention.

II. Section des portes / abwâb

1.    La tristesse (huzn). Dieu a dit : « Ils s’en retournent, versant tristement des flots de larmes » (Qor’ân, IX, 92). Être triste, c’est souffrir de ce que quelque chose vous a échappé, ou s’affliger de ce que quelque chose est d’accès difficile.

2.    La crainte (khawf). Dieu a dit : « Ils craignent leur Seigneur, au-dessus d’eux » (Qor’ân, XVI, 50). Craindre, c’est être arraché à la quiétude de la sécurité par la considération de la parole reçue.

3.    La sollicitude (ishfâq). Dieu a dit : « Ils diront : Nous étions, jadis, parmi les nôtres, pleins d’angoisse » (Qor’ân, LII, 26). La sollicitude consiste a éprouver continuellement de l’appréhension en même temps que de la compassion.

4.    L’humilité (khushû). Dieu a dit «L’heure n’est-elle point venue, pour ceux qui croient, que leurs coeurs s’humilient devant le rappel de Dieu et la vérité qui est descendue ?» (Qor’ân, LVII, 16.) L’humilité consiste en ce que l’âme cesse de flamber et la nature cesse de brûler, à cause de quelque chose de grand ou de terrible.

5.    La tranquillité (ihbât). Dieu a dit : « Annonce la bonne nouvelle aux gens humbles et tranquilles » (Qor’ân, XXII, 35). La tranquillité fait partie des prémices de la demeure de la quiétude. C’est l’arrivée au lieu sûr (ou l’on est à l’abri) du retour en arrière et de l’hésitation.

6.    Le renoncement (zuhd). Dieu a dit « Ce qui reste auprès de Dieu est un bien pour vous » (Qor’ân, XI, 86). Le renoncement consiste à faire tomber de la chose le désir qu’on en a, de façon totale.

7.    Le scrupule (wara’). Dieu a dit : « Tes vêtements, purifie les! » (Qor’ân, LXXIV, 4.) Le scrupule consiste à s’abstenir au maximum par précaution, ou à se retenir par respect.

8.    Se consacrer à Dieu (tabattul). Dieu a dit : « Et consacre toi à Lui totalement » (Qor’ân, LXXIII, 8). Se consacrer, c’est se détacher de façon totale (afin de se vouer exclusivement à quelque chose). Le fait que Dieu ait dit à Lui est un appel au dépouillement absolu.

9.    L’espérance (radjâ’). Dieu a dit : « Vous avez dans l’Apôtre de Dieu un bel exemple pour quiconque espère on Dieu et au Dernier Jour» (Qor’ân, XXXIII, 21).

10.   L’aspiration (raghba). Dieu u dit : « Et ils Nous invoquaient par amour et par crainte » (Qor’ân, XXI, 90). L’aspiration rejoint la réalité plus que l’espérance. Elle est supérieure à l’espérance, car l’espérance est une envie à qui manque une réalisation certaine, tandis que l’aspiration est un cheminement dans la voie d’une réalisation certaine.

III. Section des comportements / mu’âmalat

1.    La vigilance (ri’âya). Dieu a dit: « Ils ne l’ont pas observé comme il se devait » (Qor’ân, LVII, 27). La vigilance consiste à garder (quelque chose) avec soin.

2.    Fixer son attention (murâqaba). Dieu a dit : « Ils n’observent à l’égard d’un croyant ni alliance ni engagement » (Qor’ân, IX, 10). Fixer son attention, c’est regarder continuellement l’objet vers lequel on tend.

3.    Le respect (hurma). Dieu a dit : « Or, quiconque respecte les choses sacrées de Dieu, c’est un bien pour lui auprès de son Seigneur » (Qor’ân, XXII, 30).

4.    La sincérité (ikhlâs). Dieu a dit : « Le culte pur n’appartient-il pas à Dieu? » (Qor’ân, XXXIX, 3) La sincérité consiste à purifier l’action de tout mélange.

5.    L’amendement (tahdhîb). Dieu a dit : « Quand celui-ci eut disparu, il dit : Je ne saurais aimer les (astres) disparaissants » (Qor’ân, VI, 76). L’amendement est l’épreuve de ceux qui sont dans les débuts; il est l’une des voies de l’ascèse.

6.  La rectitude (istiqâma). Dieu a dit : « Allez droit à Lui! » (Qor’ân, XLI, 6). Le fait que Dieu ait dit à Lui est une suggestion (invitant) à l’esseulement parfait.

7.    S’appuyer sur Dieu (tawakkul). Dieu a dit : « Sur Dieu appuyez-vous, si vous êtes croyants! » (Qor’ân, V, 23) S’appuyer sur Dieu, c’est confier toute l’affaire à Celui qui en est le Maître et se reposer sur Sa gérance.

8.    S’en remettre à Dieu (tafwîd). Dieu a dit, rapportant les paroles du croyant de la famille de Pharaon: «Je remets mon sort à Dieu. Dieu est clairvoyant sur Ses serviteurs » (Qor’ân, XL, 44). S’en remettre à Dieu suggère quelque chose de plus délicat et a une extension plus vaste que s’appuyer sur Dieu.

En effet, on s’appuie sur Dieu après l’intervention des moyens (humains), alors qu’on s’en remet à Dieu avant et après leur intervention. C’est l’attitude même du parfait abandon.

9.    La confiance (thiqa). Dieu a dit : « Et quand tu craindras pour lui, confie-le au fleuve! » (Qor’ân, XXVIII, 7). La confiance est la pupille de l’oeil de « s’appuyer sur Dieu », le point central du cercle de « s’en remettre à Dieu », et le tréfonds du coeur de la soumission totale.

10. La soumission totale (taslim). Dieu a dit « … Et ils se soumettront totalement » (Qor’ân, IV, 65).

IV. Section des moeurs vertueuses / Akhlaq

1.  La constance (sabr). Dieu a dit : « Sois constant : ta constance ne sera qu’avec l’aide de Dieu » (Qor’ân, XVI, 127).

La constance consiste à se retenir de se plaindre, malgré une impatience cachée.

2.    La satisfaction (ridhâ). Dieu a dit : « Retourne vers ton Seigneur, satisfaite et agréée! » (Qor’ân, LXXXIX, 28). La satisfaction est un terme qui signifie faire halte franchement où que Dieu arrête le serviteur, sans demander…

3.    La gratitude (shukr). Dieu a dit : « Rares, parmi Mes serviteurs, sont ceux qui sont emplis de gratitude » (Qor’ân, XXXIV, 13). La gratitude est un terme qui signifie la reconnaissance du bienfait, parce qu’elle est une voie (conduisant) à la connaissance du Bienfaiteur; c’est en ce sens que Dieu a appelé l’Islam et la foi, dans le Qor’ân, de la gratitude.

4.    La pudeur (hayâ’). Dieu a dit : «Ne sait-il pas que Dieu le voit? » (Qor’ân, XCVI, 14). La pudeur naît d’une révérence appendue à l’amour.

5.    La vérité (sidq). Dieu a dit: « Quand l’affaire est décidée, être vrai envers Dieu est un bien pour eux » (Qor’ân, XLVII 21). La vérité est un terme qui signifie la réalité de la chose en son authenticité, au terme de sa production et dans la perception qu’on en a.

6.    La préférence (ithâr). Dieu a dit : « A eux-mêmes ils le préfèrent, même si pénurie existe chez eux » (Qor’ân, LIX, 9). La préférence comporte une attribution exclusive et un libre choix.

7.    Le caractère (khuluq). Dieu a dit : « En vérité, tu possèdes un caractère éminent)) (Qor’ân, LXVIII, 4). Ceux qui traitent de cette science s’accordent pour affirmer que le soufisme, c’est le caractère : c’est prodiguer les bonnes manières et éviter de faire du tort.

8.    La modestie (tawâdu’). Dieu a dit : « Les serviteurs du Dieu Bon sont ceux qui marchent sur la terre modestement » (Qor’ân, XXV, 63). La modestie consiste à s’incliner humblement devant la force contraignante de ce qui est vrai.

9.    La générosité du coeur (futûwa). Dieu a dit: « C’étaient des jeunes gens qui crurent en leur Seigneur et à qui Nous accordâmes les plus grands moyens de se diriger » (Qor’ân, XVIII, 13). Le point essentiel de la générosité du coeur, c’est de ne te reconnaître aucune supériorité et de ne te voir aucun droit.

10. Etre au large (in bisât). Dieu a dit : « … Tu égares qui Tu veux et diriges qui Tu veux » (Qor’ân, VII, 155). Etre au large, c’est laisser libre cours à son naturel et à se garder de l’éloignement que cause la timidité.

V. Section des principes / usûl

1.    Le propos (qasd). Dieu a dit : « Quiconque sort de sa demeure, émigrant vers Dieu et Son Prophète, mais est frappé (en route) par la mort, voit échoir sa rétribution qui incombe à Dieu » (Qor’ân, IV, 100). Le propos, c’est la décision irrévocable de se consacrer exclusivement à l’obéissance.

2.    La résolution ( ‘azm). Dieu a dit: « Quand tu auras décidé, appuie-toi sur Dieu! » (Qor’ân, III, 159.) La résolution consiste à réaliser le propos de gré ou de force.

3.    La volonté (irâda). Dieu a dit : « Dis : chacun agit selon son mouvement» (Qor’ân, XVII, 84). La volonté est l’une des lois de cette science (c’est-à-dire de la connaissance de l’itinéraire spirituel) et l’un des principes qui régissent l’ensemble de ses constructions. Elle consiste à répondre de bon gré aux appels de la réalité.

4.    La bienséance (adab). Dieu a dit : « Ceux qui gardent les limites imposées par Dieu… » (Qor’ân, IX, 112). La bienséance consiste à garder la juste limite…

5.   La certitude (yaqîn). Dieu a dit : « Sur terre sont des signes pour les convaincus » (Qor’ân, LI, 20). La certitude est le véhicule de celui qui s’engage dans cette voie. Elle est le  sommet des degrés du commun des gens et, dit-on, le premier pas des privilégiés.

6.    L’intimité (uns). Dieu a dit « Quand Mes serviteurs t’interrogent sur Moi, Je suis près » (Qor’ân, II, 186). L’intimité exprime la joie paisible de la proximité.

7.    Se rappeler Dieu (dhikr). Dieu a dit « Rappelle-toi ton Seigneur quand tu oublies! » (Qor’ân, XVIII, 24), c’est-à-dire quand tu oublies tout ce qui n’est pas Lui et quand tu t’oublies toi-même dans l’acte de te rappeler, puis lorsque tu oublies l’acte de te rappeler dans l’acte de te rappeler, puis lorsque tu oublies tout rappel dans le souvenir actuel que Dieu de toi. Se rappeler, c’est se délivrer de l’insouciance et de l’oubli.

8.    La pauvreté (faqr). Dieu a dit : « Hommes! vous êtes les besogneux envers Dieu » (Qor’ân, XXXV, 15) La pauvreté est un terme qui signifie le fait d’être exempt de la vision de la propriété.

9.    La richesse (ghinâ’). Dieu a dit : « Ne te trouva-t-Il point pauvre si bien qu’il t’enrichit?)) (Qor’ân, XCIII, 8). La richesse est un terme qui sert à désigner le fait de posséder tout ce dont on a besoin.

10.   La voie passive (maqâm al-murâd). Dieu a dit : « Tu n’espérais pas que te fût donnée l’Écriture » (Qor’ân, XXVIII,86). La plupart de ceux qui traitent de cette science ont fait du murâd et du murîd deux (êtres différents) et ont placé la demeure du murâd au-dessus de la demeure du murîd.

VI. Section des vallées / audiya

1.    Le bien-agir (ihsân). Dieu a dit : « La récompense du bien est-elle autre chose que le bien? » (Qor’ân, LV, 60). Le bien-agir désigne le fait de rendre ton culte à Dieu comme si tu Le voyais.

2.    La science (‘ilm). Dieu a dit : « Et à qui Nous avions enseigné une science émanant de Nous » (Qor’ân, XVIII, 65).

La science est ce qui repose sur une preuve et enlève l’ignorance.

3.    La sagesse (hikma). Dieu a dit : « Il donne la sagesse à qui Il veut. Or, à quiconque la sagesse est donnée, un grand bien est donné » (Qor’ân, II, 269). La sagesse est un terme qui signifie le fait de mettre exactement chaque chose à sa place.

4.    La clairvoyance (basîra). Dieu a dit « Ceci est Mon chemin. En toute clairvoyance, j’appelle à Dieu, moi et ceux qui me suivent » (Qor’ân, XII, 108). La clairvoyance, c’est ce qui te délivre de la perplexité.

5.    La sagacité (firâsa). Dieu a dit : « En vérité, sont certes là des signes pour ceux qui sont perspicaces » (Qor’ân, XV, 75).

Etre perspicace, c’est être sage; cela consiste à percevoir ce qu’il en est de quelque chose d’invisible, sans raisonner par induction à partir d’aucun indice, ni interroger aucune expérience.

6.   La révérence (ta’zîm). Dieu a dit: « Qu’avez-vous à ne pas attendre que Dieu soit révéré?)) (Qor’ân, LXXXI, 13). La révérence consiste à reconnaître la grandeur, tout en s’humiliant devant elle.

7.    L’inspiration (ilhâm). Dieu a dit : « Celui qui avait connaissance de l’Écriture dit « Moi, je te l’apporterai avant que ton regard soit revenu vers toi » (Qor’ân, XXVII, 40). L’inspiration est la demeure de ceux qui reçoivent (de Dieu) une communication.

8.    La sakîna. Dieu a dit : «C’est Lui qui a fait descendre la sakîna dans les coeurs des croyants » (Qor’ân, XLVIII, 4).

Le terme sakîna sert à désigner trois choses. La première est la sakîna des fils d’Israël. La deuxième est celle qui parle par la bouche de ceux qui reçoivent (de Dieu) une communication. La troisième sakîna est celle que Dieu a fait descendre dans le coeur du Prophète et dans les coeurs des croyants.

9.    La quiétude (tuma’nîna). Dieu a dit : « Et toi, âme apaisée… » (Qor’ân, LXXXIX, 27). La quiétude est un repos que renforce une sûreté parfaite ressemblant à la vision.

10.   La préoccupation (himma). Dieu a dit: « Sa vue ne s’est ni détournée ni fixée ailleurs » (Qor’ân, LIII, 1.7). La préoccupation est ce qui régit de façon absolue le mouvement vers l’objet, (si bien que) celui qu’elle affecte ne se maîtrise plus et ne peut se détourner d’elle.

VII. Section des états mystiques / ahwal

1.    L’amour (mahabba). Dieu a dit « Dieu amènera un peuple qu’Il aimera et qui L’aimera » (Qor’ân, V, 54). L’amour est l’attachement du coeur, (partagé) entre la préoccupation et l’intimité, dans le don et le refus, de façon exclusive.

2.  La jalousie (ghayra). Dieu a dit, rapportant les paroles de Salomon « Ramenez-moi ces cavales!  et il se mit à leur trancher les jarrets et le col » (Qor’ân, XXXVIII, 33). Etre jaloux (de quelque chose), c’est ne plus rien supporter tant on y tient et avoir peine à se contenir tant on la convoite.

3.    La nostalgie (Shauq). Dieu a dit « Celui qui espère la rencontre de Dieu (le trouvera) car le terme de Dieu va certes venir » (Qor’ân, XXIX, 5). La nostalgie est l’élan impétueux du coeur vers quelque chose d’absent.

4.    L’anxiété (qalaq). Dieu a dit, rapportant les paroles de Moïse : « Je me suis hâté pour que Tu sois satisfait » (Qor’ân, XX, 84). L’anxiété est l’agitation causée par la nostalgie lorsqu’elle fait tomber la patience.

5.    La soif (‘atash). Dieu a dit, rapportant les paroles de Son Ami (Abraham) : « Lorsque la nuit se fut étendue sur lui, il vit un astre; il s’écria : « Voici mon Seigneur! » » (Qor’ân, VI, 76). La soif est une métaphore pour dire l’avidité de quelque chose qu’on espère.

6.    L’extase (wajd). Dieu a dit : « Nous fortifiâmes leur courage quand ils se levèrent » (Qor’ân, XVIII, 14). L’extase est une flamme qui jaillit lorsqu’on voit survenir quelque chose de troublant.

7.    La stupeur (dahash). Dieu a dit : « Quand elles l’eurent aperçu, elles le trouvèrent si beau… » (Qor’ân, XII, 31). La stupeur est un étonnement qui s’empare du serviteur lorsque quelque chose le surprend qui surpasse son intelligence, ou sa constance, ou sa science.

8.    L’affolement (hayamân). Dieu a dit: « Et Moïse tomba foudroyé » (Qor’ân, VII, 143). L’affolement consiste à perdre la maîtrise de soi sous le coup de l’étonnement admiratif ou de la stupéfaction. Il est d’une durée plus stable que la stupeur, et il qualifie plus profondément le sujet qu’il affecte.

9.    L’éclair (barq). Dieu a dit: « Lorsqu’il vit un feu… » (Qor’ân, XX, 10). L’éclair est une prémice qui scintille pour le serviteur et qui l’invite à entrer dans cette Voie. La différence entre lui et l’extase, c’est que l’extase advient après qu’on y est entré; elle est un viatique, alors que l’éclair est une permission.

10.   Le goût (dhauq). Dieu a dit : « Ceci est un rappel » (Qor’ân, XXXVIII, 49). Le goût est quelque chose de plus durable que l’extase et de plus lumineux que l’éclair.

VIII.    Section des liens tutélaires / wilâyât

1.    Le coup d’oeil (lahz). Dieu a dit : « Regarde vers la montagne! Si elle s’immobilise en sa place, tu Me verras » (Qor’ân, VII, 143). Le coup d’oeil est un regard furtif.

2.    L’instant (waqt). Dieu a dit : « Puis tu vins ici sur un décret, ô Moïse! » (Qor’ân, XX, 40). L’instant est un terme qui sert à désigner le contenant de la venue à l’être.

3.    La pureté (safâ’). Dieu a dit «En vérité, ils sont certes, auprès de Nous, parmi les Élus les meilleurs » (Qor’ân, XXXVIII, 47). La pureté est un terme qui signifie l’exemption de trouble.

4.    La liesse (surûr). Dieu a dit : « Dis : De la faveur de Dieu et de Sa miséricorde, de tout cela que se réjouissent les hommes! » (Qor’ân, X, 58). La liesse est un terme qui signifie une joie intégrale; elle est plus pure que la réjouissance, car les réjouissances sont parfois mêlées de tristesse.

5.    Le secret (sirr). Dieu a dit « Dieu sait bien ce qui est dans leurs âmes » (Qor’ân, XI, 31). Les gens du secret, ce sont ceux qui passent inaperçus dont parle la tradition.

6.    Le soupir (nafas). Dieu a dit : « Quand il revint à lui, il s’écria « Gloire à Toi! » » (Qor’ân, VII, 143.) Le soupir est ainsi nommé à cause du soulagement que trouve celui qui y reprend haleine.

7.    L’expatriement (ghurba). Dieu a dit : « Parmi les générations qui furent avant vous, pourquoi les gens de piété, qui interdirent le scandale sur la terre et que Nous sauvâmes, ne furentils que peu nombreux? » (Qor’ân, XI, 116). S’expatrier est un terme qui sert à indiquer le fait de s’isoler de ses semblables.

8.    La submersion (gharaq). Dieu a dit : « Or, quand ils eurent prononcé le salâm et qu’il eut placé l’enfant front contre terre… » (Qor’ân, XXXVII, 105). C’est là… l’état de celui qui est parvenu au milieu de la demeure et qui a dépassé la limite de la dispersion.

9.    L’absence (ghaiba). Dieu a dit : « Puis il se détourna d’eux et s’écria : Hélas! O Joseph!» (Qor’ân, XII, 84).

10.   La fermeté (tamakkun). Dieu a dit: « Que ne t’ébranlent point ceux qui ne sont pas convaincus! » (Qor’ân, XXX, 60). La fermeté est supérieure à la quiétude; c’est une manière de suggérer le sommet de la stabilité.

IX.    Section des réalités / haqâ’iq

1.    Le dévoilement (mukâshafa). Dieu a dit : « Il révéla alors à Son serviteur ce qu’Il révéla » (Qor’ân, LIII, 10). Le dévoilement, c’est la confidence du secret entre deux amis intimes; c’est atteindre ce qui est au-delà du voile en le découvrant.

2.    La contemplation (mushâhada). Dieu a dit : « En vérité, il y a certes là un Rappel pour qui a un coeur, prête l’oreille et est témoin » (Qor’ân, L, 37). La contemplation, c’est la chute du voile de façon décisive.

3.    La vision (mu’âyana). Dieu a dit : « Ne vois-tu point comment ton Seigneur a étendu l’ombre ? » (Qor’ân, XXV, 45.) Les visions sont au nombre de trois : celle des organes de la vue, celle de l’oeil du coeur, celle de l’oeil de l’esprit.

4.    La vie (hayât). Dieu a dit : « Eh quoi! Celui qui était mort, que Nous avons revivifié… » (Qor’tmn, VI, 122). La première vie est la vie de la science, arrachant à la mort de l’ignorance; la deuxième, la vie de la concentration; la troisième est la vie de la découverte.

5.    L’empoignement (qabd). Dieu a dit: « Puis Nous l’avons ramenée à Nous avec facilité » (Qor’ân, XXV, 46). C’est la demeure de ceux qui sont gardés jalousement, Dieu les conservant à part afin de Se les réserver pour Lui-même.

6.    L’élargissement (bast). Dieu a dit : « Il vous disperse par ce moyen » (Qor’ân, XLII, 11). L’élargissement consiste (pour Dieu) à orienter les attestations du serviteur dans les sentiers de la science.

7.   L’ivresse (sukr). Dieu a dit, rapportant les paroles de Son Interlocuteur (Moïse) : « Il dit : Seigneur, donne-moi la possibilité de Te regarder! » (Qor’ân, VII, 143). L’ivresse sert à suggérer le fait de cesser de se posséder sous le coup de l’émotion. Ceci fait partie des demeures qui appartiennent en propre aux amants.

8.    La lucidité (sahw). Dieu a dit : « Quand enfin la frayeur sera bannie de leur coeur, ils demanderont : Qu’a dit votre Seigneur? Et l’on répondra : La vérité! » (Qor’ân, XXXIV, 23). La lucidité est supérieure à l’ivresse; elle est apparentée à la demeure de l’élargissement. C’est une demeure s’élevant au-dessus de l’attente, dispensant de la recherche et pure de toute angoisse.

9.    L’union (ittisâl). Dieu a dit : « Puis il s’approcha et demeura suspendu, et fut à deux arcs ou moins » (Qor’ân, LIII, 9). Il a fait désespérer les intelligences et coupé court à l’investigation en disant  ou moins. Le premier degré est l’union de qui se cramponne à Dieu; puis vient l’union de la contemplation, puis l’union de la découverte.

10.   La séparation (infisâl). Dieu a dit : « Dieu vous met en garde à l’égard de Lui-même» (Qor’ân, III, 28). Rien parmi les demeures ne comporte autant de diversité que la séparation. Le premier, c’est se séparer des deux mondes créés; le deuxième, se séparer de la vision de la séparation; le troisième, se séparer de l’union.

X. Section des suprêmes demeures / nihâyat

1.   La connaissance (ma’rifa). Dieu a dit : « Quand ils entendent ce qu’on a fait descendre vers l’Envoyé, tu les vois répandre des larmes de leurs yeux, à cause de ce qu’ils connaissent de la vérité» (Qor’ân, V, 83). La connaissance consiste à comprendre la chose elle-même, telle qu’elle est.

2.    L’anéantissement (fanâ’). Dieu a dit : « Tous ceux qui sont sur la terre sont périssables, alors que subsiste la Face de ton Seigneur » (Qor’ân, LV, 26-27). L’anéantissement, c’est la disparition de ce qui est en deçà de Dieu, au plan de la science, puis au plan de la négation, puis au plan du réel.

3.    La subsistance (baqâ’). Dieu a dit : « Dieu est bon et perdurable » (Qor’ân, XX, 73). La subsistance est un terme qui s’applique à ce qui subsiste après l’anéantissement des attestations et leur chute.

4.    La réalisation (tahqîq). Dieu a dit : « Eh quoi? ne crois-tu point?  —  Si! répondit (Abraham); mais c’est pour que mon coeur soit tranquille » (Qor’ân, II, 260). La réalisation consiste à purifier ton bagage (de manière que tout y soit) venant de Dieu, puis par Dieu, puis en Dieu.

5.    Le déguisement (talbis). Dieu a dit : « Et Nous aurions pour eux déguisé (la Vérité) au moyen de ce dont ils la déguisent » (Qor’ân, VI, 9). Le déguisement consiste à donner le change, par une attestation d’emprunt, sur quelque chose qui existe de façon stable.

6.    La découverte (wudjud). Dieu a employé le terme trouver, dans le Qor’ân, de façon explicite, en plusieurs endroits. Il a dit par exemple : «  Il trouve Dieu absoluteur et miséricordieux » (Qor’ân, IV, 110). «  Et il trouvera Dieu auprès de lui » (Qor’ân, XXIV, 39). La découverte signifie s’emparer de la réalité de la chose.

7.    Le dépouillement (tadjrîd). Dieu a dit « Ote tes sandales! » (Qor’ân, XX, 12). Le dépouillement consiste à se défaire de la considération des attestations.

8.    L’esseulement (tafrîd). Dieu a dit : « Et ils connaîtront que Dieu est la vérité évidente » (Qor’ân, XXIV, 25). L’esseulement est un terme qui désigne la purification de l’allusion (en ne la faisant qu’) à Dieu, puis par Dieu, puis à partir de Dieu.

9.    La concentration (djam). Dieu a dit : « Tu n’as point visé quand tu as visé, c’est Dieu qui a visé » (Qor’ân, VIII, 17). La concentration est ce qui fait tomber la dispersion, coupe court à l’allusion et s’élève au-dessus de l’eau et de l’argile.

10. L’unification (tawhîd). Dieu a dit : « Dieu atteste qu’il n’est de divinité que Lui » (Qor’ân, III, 18). L’unification consiste à éloigner Dieu de ce qui vient de l’être.  Personne ne témoigne réellement de Dieu qu’Il est Unique —puisque quiconque s’imagine le faire Le renie.

La profession de foi monothéiste de celui qui énonce pareille épithète — n’est qu’une phrase vaine nullifiée par l’Unique.

Dieu seul fait l’Unique! C’est Lui-même qui  unifie Son unité! — Et l’homme qui s’y essaie mérite l’épithète d’athée.

Etapes des itinérants vers Dieu (Abdallah al-Ansarî al-Harawî –  in Anthologie du soufisme éd. Sindbad 1986)

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