Le calife Abû Bakr, le Véridique / al-Siddiq

avril 13, 2009 
Categorie : Biographies des Saints

Il est placé par les shaykhs soufis, à la tête de ceux qui ont adopté une vie contemplative (mushâhada) parce qu’il négligeait les manifestations extérieures: tandis que ‘Umar est placé à la tête de ceux qui ont adopté une voie purgative (mujâhada) en raison de sa rigueur et de son assiduité dans la dévotion.

Il est écrit dans les Traditions authentiques, et il est bien connu des savants, que lorsque Abû Bakr priait la nuit il avait coutume de réciter le Coran à voix basse, alors que ‘Umar le récitait à voix haute. Le Prophète demanda à Abû Bakr pourquoi il procédait ainsi, Abû Bakr répondit :  » Celui avec qui je converse entendra.  » ‘Umar à son tour, répondit :  » J’ai éveillé les somnolents et chassé le Démon.  » L’un donnait une preuve de contemplation, et l’autre d’ascèse. Or l’ascèse, comparée à la contemplation, est comme une goutte d’eau dans la mer, et, pour cette raison, le Prophète a dit que ‘Umar n’était pas tout à fait équivalent à ‘Abû Bakr.

On rapporte qu’Abû Bakr a dit :  » Notre demeure est éphémère, notre vie ici-bas n’est qu’un prêt, nos souffles sont comptés, et notre indolence est manifeste.  » Par cela, il entendait que ce monde est trop dépourvu de valeur pour absorber nos pensées: chaque fois que l’on s’occupe de ce qui est périssable, on est rendu aveugle à ce qui est éternel. Les amis de Dieu se détournent de ce monde et de la chair qui les voilent par rapport à Lui, et ils refusent d’agir comme s’ils étaient les propriétaires d’un domaine qui en réalité appartient à un autre.

Et il a dit aussi :  » Ô mon Dieu, donne-moi la plénitude de ce monde, et protège-moi de ses maux!  » Cette parole a un sens caché, voici ce qu’elle signifie : d’abord, octroie-moi des biens terrestres pour que je puisse en rendre grâces, et ensuite aide-moi à m’en abstenir par amour pour Toi, afin que j’acquière le triple mérite de la gratitude, de la libéralité et de l’abstinence et que ma pauvreté puisse être choisie, non obligée.

Ces paroles réfutent les propos de tel cheikh, qui disait :  » Celui dont la pauvreté est forcée est plus parfait que celui dont la pauvreté est choisie ; car, si la pauvreté est forcée, le pauvre en est l’esclave ; mais si la pauvreté est choisie, c’est elle qui est l’esclave du pauvre ; et il vaut mieux que le pauvre soit libre de tout effort pour obtenir la pauvreté par lui-même au lieu de l’acquérir par ses propres efforts.  » Je dis, en réponse à cela : l’esclave de la pauvreté est de façon évidente la personne qui, tout en n’étant pas dans le besoin, désire ardemment la pauvreté et s’efforce de se libérer de l’emprise du monde ; et non la personne qui, dans l’état de pauvreté, et pour se libérer du besoin, doit se rendre dans les maisons de ceux qui font le mal et à la cour des gouverneurs pour une poignée de pièces d’argent. L’esclave de la pauvreté est celui qui tombe de l’indépendance à la pauvreté, non celui qui, étant pauvre, cherche à devenir plus puissant, Abû Bakr est le plus éminent des hommes après les prophètes, et il n’est pas permis que quelqu’un ait la préséance sur lui, car il a placé la pauvreté volontaire au-dessus de la pauvreté forcée.

Cette doctrine est soutenue par tous les cheikhs soufis, excepté le maître spirituel dont nous avons parlé.

Zuhrî raconte que lorsque Abû Bakr reçut les serments d’allégeance en tant que calife, il monta en chaire et prononça un discours dans lequel il déclara :  » Dieu m’est témoin que je n’ai jamais désiré le gouvernement et cette envie ne s’est pas manifestée dans mon coeur, fût-ce un jour ou une nuit, et je ne l’ai jamais demandé à Dieu ouvertement ou en secret, et je ne prends non plus aucun plaisir en l’ayant obtenu.  » Or, quand Dieu fait que quelqu’un parvienne à une sincérité parfaite et l’exalte au degré de la stabilité (tamkîn), il attend l’inspiration divine afin qu’elle puisse le guider: et, selon ce qui lui est ordonné, il sera un mendiant ou un prince, sans exercer son libre choix et sa volonté propre. Ainsi, Abû Bakr, le Véridique, se résigna à la volonté de Dieu du début jusqu’à la fin. C’est pourquoi tous les soufis l’ont pris pour modèle en se libérant des choses terrestres, dans la stabilité (tamkîn), dans le désir ardent de la pauvreté et du renoncement à l’autorité. Il est l’imâm des musulmans en général, et des soufis en particulier.

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