Les cinq piliers de l’Islam

août 23, 2009 
Categorie : Islam, Les cinq piliers de l'Islam

Dans le monde musulman, la pratique joue un rôle fondamental. C’est une discipline où se reconnaît le véritable musulman.

Cette pratique se compose de cinq parties que l’on nomme les  » cinq piliers de l’Islam « . Nous commençons par la profession de foi (shahâda), qui est la reconnaissance de l’unicité et du message du Prophète Mohammed (s.s.p.), puis il y a les cinq prière (salât) rituelles effectuées au rythme de la course solaire. Ensuite, le jeûne du ramadân, mois lunaire (vingt-neuf ou trente jours), qui se déplace tout au long de l’année et, au bout de vingt-cinq années, fait le tour des quatre saisons. Le quatrième pilier est l’aumône (zakât) et le cinquième (hajj), le pèlerinage.

La profession de foi

Le premier pilier est la reconnaissance de l’Unicité. Pour le musulman, tout le rituel repose sur cette doctrine :  » J’atteste qu’il n’ a pas Je divinité en dehors de Dieu et que Mohammed (s.s.p.) est Son envoyé  » La shahâda scande toute la vie du musulman comme un constant rappel.

Le sens de la prière

Le deuxième pilier, la prière, est l’axe ou l’élément essentiel autour duquel tourne tout le reste. Dans la zaouia ce lieu où de homme et des femme se rencontrent pour prier Dieu matin et soir, la prière ordonne le programme quotidien.

Après la shahâda la prière est le lien (silâh) privilégié entre Dieu et l’homme, et entre l’homme et Dieu. C’est pour cette raison qu’elle est primordiale. Elle constitue la clé qui ouvre la voie et purifie le cœur afin qu’il puisse réfléchir la lumière divine. Celui qui ne prie pas ne peut pas rencontrer Dieu.

La prière dans l’Islam représente un cycle journalier. On commence la journée par la prière du matin (subh) qui est le symbole du début de la vie. Ensuite, il y a la prière de midi (duhr), quand le soleil est au zénith, qu’il n’y a plus d’ombre et que l’homme se trouve en quelque sorte à son point culminant, à son apogée, dans toute sa verticalité. Puis vient la prière du milieu d’après-midi (‘asr), celle des sages et de la sagesse, et celle du crépuscule (maghreb) au moment où le soleil, en partant, laisse une dernière lumière derrière lui.

C’est le moment où la vie de l’homme quitte progressivement cette terre. En pénétrant dans la nuit, nous entrons dans un monde parallèle que nous ne connaissons pas.

La cinquième et dernière prière est celle de la nuit (‘ichâ) qui nous apprend que, dans l’autre monde aussi, la prière existe. Ce cycle est réglé afin que chaque étape de notre vie soit en liaison, en communication constante avec Dieu.

Musulmans et musulmanes sont donc tenus d’effectuer les cinq prières quotidiennes. Etant donné que je reconnais que Dieu est Un et que le message qui a été apporté par le Prophète Mohammed (s.s.p.) est véridique, je fais en sorte que cette Unicité demeure constante et perpétuelle dans ma vie de tous les jours.

La prière sera le moyen pour m’aider à atteindre ce but. Elle me permet de communiquer avec cette Unicité et, comme la shahâda, elle en est le rappel constant. Ces cinq prières réparties tout au long de la journée sacralisent le temps et imprègnent toute la vie du musulman. Bien sûr, l’habitude intervient et donne à la prière sa force ou sa faiblesse. En réa- lité, l’efficacité de la prière dépend de l’attitude intérieure de l’individu. Comment va-t-il prier ? A quel niveau ? Par habitude ? Dans un élan du cœur ? Par intérêt ? etc. Dans la tradition du tasawwuf, le rôle de la prière est de nous placer chaque fois face à Dieu.

Comme l’a dit le Prophète (s.s.p.) :  » Prie Dieu comme si tu Le voyais, car si toi tu ne Le vois pas, sache que Lui te voit. «  Si nous n’avons pas cette faculté, cette intention, cette force et cette clairvoyance pour pouvoir Le voir, alors ayons la foi et la conscience que Lui est en train de nous voir… et que chacun de nos actes, chacune de nos paroles et de nos pensées expriment devant Lui. Si tel est notre état d’esprit, la prière prend alors une ampleur extraordinaire.

Elle nous transporte d’un monde temporel, d’un quotidien souvent difficile à vivre, vers une rencontre sacrée. C’est un moment salutaire pendant lequel l’homme se sent dans la Présence. Car comment pourrions-nous être présents devant Dieu sinon par Lui ? C’est cela qui donne cette importance et cette force considérable à la prière. Comme l’a si bien exprimé le cheikh Hajj ‘Adda :

La prière, c’est le miroir ineffaçable où se mire le Dieu suprême.

Chacun peut Le voir selon la clarté de son propre cœur : ainsi, lorsque la lune apparaît à son premier jour de ramadan ceux qui ont

la vue claire la distinguent nettement tendis que les autres restent dans le doute.

Ah! La tristesse du doute ; celui qui n’a pas vu ne peut même pas dire qu’elle n’existe pas.

Tout le sens de la prière se révèle par ailleurs dans cette parole du Prophète (s.s.p.) :  » Fais la prière [de l’adieu] comme si tu la faisais pour la dernière fois. «  Cela signifie que nous devons prier de manière aussi consciente que possible, sans habitude. Je prends conscience que je suis en relation, en dialogue avec l’Absolu. Chaque fois que je me présente devant Lui, Je me prosterne et je me soumets. C’est un rappel constant.

Entre chaque prière, comment l’homme va-t-il employer son temps ? Que va-t-il faire pour rencontrer Dieu ou s’en éloigner ? Quel rôle aura-l-il joué ? Quel acte aura-t-il commis ? Il devient en effet difficiles entre deux prière, de commettre un acte perturbateur, un acte qui ôte ou diminue cette énergie, la force de ce désir, de cette communion. Chaque prière permet en quelque sorte de faire le bilan de sa conscience, de ses actes, jusqu’au moment où elle devient une nourriture dont nous ne pouvons plus nous passer.

Éffectivement, lorsque nous y avons pris goût, nous sommes perturbés si nous ne pouvons l’effectuer, cela crée un déséquilibre ; nous ne nous sentons pas bien, notre temps n’est pas réglé. Sacraliser le temps transforme l’homme qui ne vit plus seulement pour travailler, manger… mais aussi pour prier. Cela fait partie integrante de son temps.

La prière est un moyen pour le pratiquant de s’élever et de progresser, car une discipline basée sur le désir de se prosterner et de communiquer avec Dieu transcende l’homme et le protège des abus et des égarements qui peuvent naître en lui.

La prière est l’outil de la transformation spirituelle qui va s’opérer. Elle est une clé qui permet à l’homme, dès qu’il a atteint une étape, de franchir la suivante, à l’image de celui qui, chaque jour, avec un burin et un marteau, frappe sur une pierre qui, quelle que soit sa dureté, finira par céder. Même s’il ne l’entame que de quelques millimètres, il finira par créer ce passage et par pouvoir aller de l’autre côté. A force de persuasion et de discipline, il obtiendra un résultat, avec cette promesse de vivre un état meilleur que celui dans lequel il se trouve. L’homme n’est pas réduit à l’impuissance, il ne se trouve pas bloqué devant un mur, soumis aux aléas du temps.

Par la prière, il est à même de provoquer une dynamique qui le porte et l’éveille chaque jour davantage ! Cette assiduité ne vient qu’avec la maturité. En effet, lorsque l’homme a goûté l’effet bénéfique de la prière, alors elle devient une nécessité. Comme nous prenons le temps de nous arrêter pour manger, il devient aussi indispensable de s’arrêter pour goûter cette délicate nourriture de l’âme.

Elle possède aussi d’autres actions, visibles et invisibles. Elle rejaillit sur l’hygiène car, à chaque prière, nous devons faire des ablutions. Se laver avec de l’eau, c’est aussi, sur un plan symbolique, enlever quelque chose d’impur en nous. Nous ôtons quelque chose de négatif, une impureté, afin de nous présenter devant l’Absolu.

Par ailleurs, elle joue un rôle social important au sein de la communauté. Les riches, les pauvres, les savants, les ignorants se retrouvent sur le même rang. C’est un échange fraternel, puisque les fidèles sont appelés à se rencontrer cinq fois par jour. S’il y a un absent ou un malade, on demande de ses nouvelles. Si quelqu’un a des problèmes, on est informé.

Dans l’Islam, elle est un moyen pour la communauté musulmane de vivre un moment sacré qui ramène le monde terrestre à cette ouverture, à cette rencontre avec le monde céleste. C’est comme si vous étiez dans le Sahara et qu’en regardant l’horizon vous remarquiez que la terre et le ciel se touchent. C’est par la prière que nous parvenons peut-être à cette perception de nous et de l’Iinconnaissable, de nous et du Divin. Par cet acte, quelque chose se produit que nous ne pouvons nommer mais simplement sentir, vivre. Nous sommes le témoin d’une expériece, pour nous-mêmes et pour les autres.

Le lieu de la pratique importe peu. Puisque le Prophète (s.s.p.) priait aussi bien à cheval qu’à dos de chameau, cela nous laisse la possibilité de l’accomplir à tout moment et dans n’importe quelle circonstance, même en avion, en train, puisque c’est l’intention qui compte. On peut d’effectuer en position assise. Il n’y a pas la nécessité de la gestuelle : elle peut être symbolisée en fermant les yeux, en inclinant un peu la tête. Comme l’a dit le cheikh al-Aawi : mieux vaut une prière sans génuflexion, qu’une génuflexion sans âme. Le but étant plus loin que le moyen, pleurons sur ceux qui ne s’arrêtent qu’à ce dernier.

Soufisme Cœur de l’Islam du cheikh Khaled Bentounès Ed. La table ronde

Les prières commencent toujours par la sourate de la Fâtiha qui est appelée la Mère du Livre. Dans la tradition, on dit que tout l’univers est contenu dans les Livres révélés, que tous les Livres révélés sont contenus dans le Coran, qui est lui-même contenu dans la Fatiha qui est elle-même contenue dans la basmala (au nom de Dieu le Clément, le Miéricordieux) qui est contenue dans la lettre bâ,   laquelle se trouve dans le point sous le bâ. Nous allons de l’universel, de l’infiniment grand à l’infiniment petit, du macrocosme au microcosme – le point – qui est l’origine de toutes choses. C’est lui qui contient tout l’univers.

Donc, chaque prière commence par la première sourate de la Fâtiha. Ce qui est dit dans cette sourate est universel et peut être dit dans toutes les religions:

1. Au nom de Dieu : celui qui fait miséricorde, le Miséricordieux.

2.   Louange à Dieu, Seigneur des mondes :

3. celui qui fait miséricorde, Le Miséricordieux.

4. le Roi du Jour du Jugement.

5. C’est toi que nous adorons, c’est toi dont nous implorons le secours.

6. Dirige-nous dans le chemin droit :

7. le chemin de ceux que tu as comblés de tes bienfaits; non pas le chemin de ceux qui encourent ta colère ni celui des égarés.

Ensuite, nous pouvons choisir une sourate, ou l’un des versets du coran, en fonction du moment, de notre clairvoyance, de notre état intérieur. Le morceau choisi peut ainsi nous toucher et augmenter notre état de conscience. Ces récitations s’accompagnent de trois positions du corps : la station debout, la génuflexion et la prosternation, qui comprennent chacune leur symbolique. On part de la station debout pour aboutir à la prosternation qui symbolise la soumission à la volonté divine, l’acceptation d’étre ce que l’on est.

Certains soufis disent aussi qu’au travers de ces attitudes corporelles, tous les règnes sont représentés, l’animal, le végital   et le minéral. Il s’agit du retour vers l’Absolu mais aussi vers l’origine, vers la terre. Ce rituel se termine par la phrase :  » Que la paix soit sur vous  » (as-salâmu ‘alaykum). On se tourne à droite et à gauche, que l’on soit seul ou en groupe. Ce mouvement est accompli pour les anges qui nous accompagnent et qui sont toujours près de nous.

Dans la tradition musulmane, il est dit que chaque personne est accompagnée de deux anges : celui de droite et celui de gauche. Sur un livre seront inscrites par eux les actions bénéfiques et les actes négatifs qui nous accompagneront toute notre vie jusqu’au Jugement dernier. Lorsque nous nous présenterons devant Dieu, nous serons jugés sur les actions accomplies durant toute notre vie. Le livre et les anges sont des symboles qui font prendre conscience que chaque acte compte dans l’existence, qu’il est inscrit et ne sera jamais oublié.

Je pense que nous portons ces anges en nous. C’est- dire que chaque acte est gravé quelque part en nous, dans notre conscience, dans nos cellules, dans nos gènes.  » Le Jour où leurs langues, leurs mains et leurs pieds témoigneront contre eux sur ce qu ‘ils ont fait » . (sourate 24, verset 24). Un acte accompli est éternel, même si nous l’avons oublié ! Chaque fois qu’une action est commise, prenons conscience des conséquence. Sont-elles bénéfiques ? Utiles ? Réellement désintéressées ?…

La prière s’achève. Mais avec les salutations de paix nous pouvons ajouter des démens de pratique tels le chapelet de quatre-vingt-dix-neuf grains (tasbîh) et la demande à Dieu de nous guider (du’â). Bien sûr, au-delà de ces cinq prières rituelles, il existe toute une gamme de prières (celle du vendredi, celle pour les morts, pour la sécheresse, pour les fêtes…) que nous pouvons adapter aux circonstances…

A chaque prière il est permis de faire une demande pour soi et pour les  autres. Cest un moyen pour recevoir et pour donner. Nous recevons le Divin puisque nous récitons Sa parole, et nous sommes là pour témoigner de son Unicité et nous soumettre à Sa volonté. Il y a échange constant entre l’être et l’Absolu.

Il existe des différence de degrés entre la prière du commun et celle de l’initié. Sa qualitt sera révélatrice de l’état de l’être. Plus le miroir est propre et pur, plus il réfléchit la Lumière divine. La prière faisant partie des obligations de tous les musulmans, le soufi fait donc ces prières en plus de ce qu’il remise par ailleurs.

Il y a beaucoup à dire sur la prière, il faudrait un livre entier qui ne traite que de ce sujet !

Le jeûne

Le jeûne a un rôle de purification mais c’est aussi une forme  de prière. Il ne s’agit pas seulement de s’abstenir de nourriture mais aussi de tout ce qui est superflu dans sa relation entre l’étre et le Divin.

Il y a le jeûne obligatoire du mois de rama- dan, et le jeûne surérogatoire qui existe, par exemple, lors de retraites. Le ramadan est aussi le mois de la sainte Révélation et de la Nuit du destin au cours de laquelle les portes du ciel s’ouvrent davantage à la prière de l’homme. Sur le plan physique, le jeûne apporte un bien-être considérable.

Il purifie le corps de ses excès. S’il est accompagné d’une intention spirituelle, des éléments physiques s’éliminent également. En général, pendant le jeûne, on prie beaucoup, on lit davantage le Coran et on pratique davantage l’invocation. Cet ensemble est essentiel dans les retraites.

La zakât

La zakât est une pratique économique. Elle signifie que, si je me considère fortuné ou aisé, un privilège divin m’est accordé pour une période au cours de laquelle Dieu devient en quelque sorte mon associé. La zajât représente la reconnaissance que j’éprouve pour Dieu qui m’a donné la vie, la santé et la possibilité de jouir des bienfaits de la vie. Ce n’est ni de la charité ni un don, mais un devoir, une obligation. Tous les ans, nous faisons le bilan de notre fortune et, lorsque nous remplissons la déclaration fiscal nous mettons les bénéfices réalisés de côté pour verser 2,5% de cette somme.

Ce pourcentage peut être chiffré en argent ou parfois en nature (blé, bovins…) pour le cultivateur ou l’léveur. Il y a également des dispenses. Par exemple, si la femme possède des bijoux, elle ne fait pas la zakât sur ces biens qui sont considérés comme un ornement personnel. Par contre, la zakât est prise sur l’or, les actions et les obligations. Lorsque les institutions islamiques existaient encore, on remettait la dîme au Trésor qui la redistribuait.

Aujourd’hui, l’Etat ne perçoit plus cette dîme: il se contente de prélever l’impôt et nous somme obligés de donner la dîme nous-mêmes. Nous pouvons la verser   intégralement à quelqu’un ou la diviser, mais il faut la donner.

Celui qui s’y soustrait omet un des piliers de l’Islam. Je pense que la zakât est une des pratiques les plus exigeantes car elle touche un point sensible de l’être humain. L’attitude d’un homme face à l’argent est toujours très révélatrice du degré de sa foi. Elle permet de voir si Dieu est réellement considéré comme un associé et si nous nous plions à Sa volonté.

Le pèlerinage

Pour des raisons de sécurité, une femme ne peut le réaliser qu’accompagnée d’un proche ou d’un membre de sa famille. Il dure environ une semaine.

Pour comprendre la symbolique du pèlerinage et pour découvrir la force extraordinaire, incomparable qui s’en dégage,   il faut le vivre. En l’effectuant moi-même, j’ai ressenti cet éveil à une dimension à laquelle j’avais songé intellectuellement mais que je n’avais jamais réalisée. L’Unité d’être est matérialisée dans ce lieu.

On commence par se retrouver tous à nu car les contraintes imposées sont telles que l’on ne peut se cacher. Le seul habit toléré est composé de deux étoffes qui laissent la tête et le torse nus, malgré la chaleur qui peut atteindre quarante-six degrés. Alors que dans notre société l’habit fait de nous ce que nous croyons être, à La Mecque, nous perdons toute identité, nous sommes semblable à tous les êtres. Nous nous intégrons à quelque chose d’autre et le lien de la communauté ressort de manière extrêmement puissante, puisqu’il est vécu et partagé par des millions de personnes au même moment.

Le pèlerinage commence par les sept tours (tawâf) autour de la Ka’ba qui symbolise la Maison de Dieu.

C’est un cube de pierre vide d’environ quinze mètres de haut, treize mètre de long et doux mètre de large, couvert d’une étoffe de velours noir sur laquelle sont écrits en lettres d’or les Noms divins, ainsi que des verses coraniques. Ce cube vide symbolise l’inconnaissable, le mystère absolu, l’insondable.

Pendant cette étape, j’ai vu l’humanité entière devant moi dans ces milliers de fidèles qui tournent tous en même temps vingt-quatre heure sur vingt-quatre en priant et en invoquant Dieu dans différentes langues, créant un bruit de fond inimaginable. Lorsque j’ai vu, senti et entendu cette masse compacte d’êtres humains qui tournent tous sur le même rythme autour de ce cube, comme une nuée d’où je ne pouvais plus distinguer ni les hommes ni les femmes ni même les individus, j’ai pensé à une nébuleuse.

En ajoutant à cela la chaleur, la sensation d’oppression, le manque d’air et la difficulté de marcher, j’ai senti mon individualité comme broyée au milieu de cette masse. Pendant les sept tours que j’ai accomplis, je me suis senti de plus en plus fatigué au point qu’à chaque fois que je levais la main pour saluer la Ka’ba, je comptai, sur mes   doigts le nombre de tours accomplis.

Bien sûr, comme tous les pèlerins, j’étais animé par le désir d’approcher la pierre noire. Mais je n’ai vu nulle part autant d’êtres humains s’agglutiner, se pressez avec une seule obses- sion : toucher la pierre. Pour y accéder, les pèlerins feraient n’importe quoi, ils donneraient tout ! Cette pierre noire se trouve dans un des angles de la Ka’ba.

La légende dit qu’adam a ramené cette pierre du paradis. Elle symbolise le pacte entre Dieu et l’humanité.  » Quand ton seigneur tira une descendance des reins des fils d’adam,   Il les fit   témoigner contre eux-mêmes :   ne suis-je pas votre Seigneur ? «  Ils dirent :  » Oui, nous témoignons  » (sourate 7, verset 172).

Le pèlerinage nous permet de remonter à la source, à l’origine. Après avoir effectué le tawâf nous nous dirigeons vers le puits de Zamzam dont la source a jailli sous le pas d’Ismâ’îl,   fils d’Abraham (s.s.p.). C’est à cette source que tant d’hommes sont venus s’abreuver et où tant de coeurs ont été régénérés, tant de soifs étanchées.

D’un goût particulier, un peu saumàtre, elle est si légère que l’on peut en boire encore et encore, sans jamais éprouver la moindre lourdeur.

La seconde étape se déroule sur les deux collines nommées Safâ et Marwa, qui font aujourd’hui partie du Temple. Nous devons faire sept fois un aller-retour entre ces deux collines en marchant lentement d’abord, puis hâtivement. Ce trajet symbolise les allées et venues d’Agar , la seconde femme d’Abraham (s.s.p.) qui, voyant son bébé mourir de soif implora du secours en allant et venant d’une colline à l’autre. La femme d’Abralmm (s.s.p.) représente ici l’âme qui a soif, soif de vie, de vérité et d’absolu, et qui cherche intensément cette eau miraculeuse qui régénère et nourrit.

La seconde étape se déroule sur les deux collines nommées Safâ et Marwa, qui font aujourd’hui partie du Temple. Nous devons faire sept fois un aller-retour entre ces deux collines en marchant lentement d’abord, puis hâtivement. Ce trajet symbolise les allées et venues d’Agar , la seconde femme d’Abraham (s.s.p.) qui, voyant son bébé mourir de soif implora du secours en allant et venant d’une colline à l’autre. La femme d’Abraham (s.s.p.) représente ici l’âme qui a soif, soif de vie, de vérité et d’absolu, et qui cherche intensément cette eau miraculeuse qui régénère et nourrit.

Pendant ce parcours, le pèlerin implore le secours pour lui-même et pour l’humanité entière. Cette étape est particulièrement longue et éprouvante, car, dans l’état de l’être (état de sacralisation), nous ne pouvons nous laver correctement, ni nous brosser les dents, ni nous couper les cheveux et les ongles, ni nous raser, et ces conditions pèsent d’autant plus que nous mangeons et dormons peu. Mais une joie immense récompensera ces premières épreuves.

L’épreuve suivante nécessite un déplacement en car à l’extérieur de la Mecque, vers un endroit appelé ‘Arafât. Imaginez des milliers de petits enclos délimités par des tentes immenses, ouvertes les unes sur les autres. Dans chacune de ces cours, un robinet d’eau et trois ou quatre toilettes pour des centaine de personnes. De tous côtés, sur des kilomètres, des tentes   blanches à perte de vue et une foule colossale habillée de blanc. Durant cette journée, tout le monde se retrouve debout pour prier. Il n’y a aucune distinction de race, de fortune, ni de savoir. Tout le monde est semblable, seul un signe distinctif existe : la présent de la grâce divine illuminant le visage de certains et les autres dont le visage reste ferma et ténébreux.

‘Arafât signifie  » la rencontre « , le lieu où l’on se retrouve. Selon la légende, c’est dans cet endroit qu’Adam et Eve se sont retrouvés alors qu’ils s’étaient perdus de vue après avoir été chassés du paradis. C’est la rencontre entre l’homme et la femme, entre l’esprit et l’âme. Cet espace sacré d »Arafât a été délimité par le Prophète (s.s.p.) et aujourd’hui il parvient tout juste à contenir les pèlerins. Le pèlerinage n’est valable que si on peut entrer dans cet espace délimité avant le coucher du soleil et en ressortir impérativement avant celui du lendemain.

La prochaine étape a lieu le lendemain. Un jour béni où tous les péchés de l’homme sont effacés s’il a accompli le pèlerinage pour Dieu et uniquement pour Lui. La journée est consacrée à la prière, à la lecture du Coran et à la méditation, entrecoupées par quelques repos. Au coucher du soleil, une clameur s’élève, comme d’un seul homme, quand la foule se met à prier à haute voix avec force et intensité. Chacun donne libre cours à son inspiration pour laisser parler son coeur.

Même avec des cris, chacun appelle son Seigneur dans sa langue et selon sa foi. Le soir même, cette nuée humaine se précipite dans les voitures afin de se rendre à la station de Mina pour l’étape suivante. Ce trajet s’effectue mètre par mètre car le nombre de véhicules est tel qu’on ne peut plus parler de circulation, mais de quatorze kilomètres d’embouteillage inextricable. A mi-chemin, on s’arrête à Muzdalifa   pour ramasser les jamarât: un lot de quarante-neuf petits cailloux de la grosseur d’une fève, nécessaires à la lapidation de Satan.

Ce rite dure environ trois jours. Il se déroule aux trois endroits où Satan est apparu pour tenter Abraham (s.s.p.) en jetant le doute dans son cœur enfin de l’éloigner de son Seigneur et l’empêcher de sacrifier son fils. Après ces trois essais, Satan a abandonné car, face à tant de foi, il savait qu’il était inutile de continuer. Une autre légende raconte que c’est à l’un de ces trois endroits qu’est enterré le guide qui a conduit Abraha pour détruire la Ka’ba.

Durant cette étape, c’est un flot d’hommes et de femmes qui, coudes à coudes, sur plusieurs kilomètres de long et plu- sieurs mètres de large, à dirigent vers le même endroit. Des milliers et des milliers de pierres lancées en direction du « lapidé »     cinglent l’air et retombent dans un bruit transperçant. L’un après l’autre, chaque pèlerin jette ses pierres. Sur un plan symbolique, il est bien entendu que nous lançons des pierres sur nos propres démons, sur ces aspects de nous- mêmes qui nous éloignent de la Vérité. Celui qui fait de son pèlerinage une expérience intime et intérieure sait parfaitement à quel aspect de lui-même il lance des pierres. Après ce rituel, nous ressentons le bienfait d’une délivrance.

Puis certaines personnes sont choisies pour réaliser l’offrande, le sacrifice d’un animal. Ce rite se déroule à Mina, après la lapidation, dans un endroit spécial réservé à cet usage. Personnellement, je n’avais pas d’offrande à faire mais, par curiosité, je suis allé sur les lieux, et je l’ai regretté. Ce que j’ai vu m’a effrayé, pour ne pas dire épouvanté. Tous ces hommes avec chacun un couteau à la main et ces milliers de bêtes bêlantes qui sentent la mort sur ce parterre couvert de sang !

C’est un souvenir qui déchire le coeur. Pourquoi toutes ces bêtes gisantes qui ne serviront qu’à peu de personne ? J’étais venu voir un sacrifice, J’avais assisté à un carnage. Ce sacrifice, symbole de l’offrande de la créature à son Créateur, a un sens profond et véritable. Mais, à l’heure actuelle, cette offrande ne pourrait-elle servir ceux qui en ont vraiment besoin ? Ne pourrait-on empêcher ce gaspillage de se perpétuer inutile- ment chaque année ? Dans l’aire sacrée du pèlerinage, vous payez pour chaque atteinte à la vie si petite soit-elle, animale ou végétale,   volontaire ou involontaire. Vous pouvez éliminer un animal dangereux mais vous devez payer, soit en donnant une rétribution à un pauvre, soit en effectuant un sacrifice animal.

Enfin, il y a le retour à La Mecque pour les sept derniers tours de la Ka’ba et nous reprenons nos habits civils. Heureux, nous pouvons enfin nous laver abondamment, nous raser, nous couper les ongles, nous parfumer et, à partir de ce moment-là, tout est à nouveau permis. Le dernier rituel, c’est le retour à Mina afin de jeter nos dernières pierres.

Après un repos d’un ou deux jours, nous revêtons une dernière fois,  et pour quelques heures seulement, le vêtement de   l’ihrâm, afin de réaliser la ùmra ou le petit pèlerinage, qui se fait de nuit pour éviter la chaleur et la foule autour de la Ka’ba. On y effectue les sept tours du tawâf, puis on sort des limites sacrées de La Mecque pour se rendre dans une mosquée et y effectuer une prière de deux prosternations (rakât), durant laquelle on formule l’intention de la ‘umra. Ensuite on se dirige vers Ka’ba où l’on effectue les sept tours du tawâf et oû l’on prie en face du Moultazam. Enfin on descend au puits de Zamzam pour finir par les deux collines Safâ et Marwa.

Le pèlerinage est une forme d’épreuve de la foi. Jusqu’où le fidèle peut-il aller pour Dieu ? Et je vous assure que si vous êtes capable de vous abandonner pour répondre à Son appel, vous vivrez des instants bénis et inoubliables, très rares dans ce monde matérialiste où la place de l’homme véritable est de plus en plus ténue.

En conclusion : c’est la prière qui détermine le musulman. Si nous sommes malades ou en voyage, le jeûne peut être abrogé, s’effectuer un autre mois ou être compensé en nourrissant les pauvres. L’aumône, elle aussi, n’est donnée que si nous possédons une fortune, du terrain, etc., et le pèlerinage se fait une fois dans la vie sous certaines conditions : être majeur, si nous avons la santé, les moyens financiers, pas de dettes et sans, faire d’emprunt. Par contre, la prière peut toujours être effectuée, quels que soient le lieu et l’attitude, que nous soyons alités ou paralysés. Nous ne pouvons pas transiger avec elle puisqu’elle est le moyen par excellence qui ouvre le cœur de l’homme à Dieu.

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