L’imam d’Al-Azhar ordonne à une lycéenne d’ôter son niqab

octobre 23, 2009 
Categorie : Actualité, Featured, Islam

En visite dans un lycée égyptien, le cheikh Mohamed Tantaoui, plus haute autorité de l’islam sunnite, a ordonné à une élève d’ôter son niqab. Il veut en interdire le port dans les lycées qui dépendent de la mosquée d’Al-Azhar.

Suite de l’article sur France24

Ce que dit le Coran à propos du voile

Extrait de l’interview du professeur Mahmoud Azab :

AN : Vous nous dites donc que les musulmans qui utilisent le mot « hijab » pour désigner le voile qui couvre la tête des femmes commettent un contre sens ?

MA : Oui. Ils commettent un contre sens linguistique par rapport au vocabulaire coranique. Et les femmes musulmanes …

Lire l’interview en integralité

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Les cinq piliers de l’Islam

août 23, 2009 
Categorie : Islam, Les cinq piliers de l'Islam

Dans le monde musulman, la pratique joue un rôle fondamental. C’est une discipline où se reconnaît le véritable musulman.

Cette pratique se compose de cinq parties que l’on nomme les  » cinq piliers de l’Islam « . Nous commençons par la profession de foi (shahâda), qui est la reconnaissance de l’unicité et du message du Prophète Mohammed (s.s.p.), puis il y a les cinq prière (salât) rituelles effectuées au rythme de la course solaire. Ensuite, le jeûne du ramadân, mois lunaire (vingt-neuf ou trente jours), qui se déplace tout au long de l’année et, au bout de vingt-cinq années, fait le tour des quatre saisons. Le quatrième pilier est l’aumône (zakât) et le cinquième (hajj), le pèlerinage.

La profession de foi

Le premier pilier est la reconnaissance de l’Unicité. Pour le musulman, tout le rituel repose sur cette doctrine :  » J’atteste qu’il n’ a pas Je divinité en dehors de Dieu et que Mohammed (s.s.p.) est Son envoyé  » La shahâda scande toute la vie du musulman comme un constant rappel.

Le sens de la prière

Le deuxième pilier, la prière, est l’axe ou l’élément essentiel autour duquel tourne tout le reste. Dans la zaouia ce lieu où de homme et des femme se rencontrent pour prier Dieu matin et soir, la prière ordonne le programme quotidien.

Après la shahâda la prière est le lien (silâh) privilégié entre Dieu et l’homme, et entre l’homme et Dieu. C’est pour cette raison qu’elle est primordiale. Elle constitue la clé qui ouvre la voie et purifie le cœur afin qu’il puisse réfléchir la lumière divine. Celui qui ne prie pas ne peut pas rencontrer Dieu.

La prière dans l’Islam représente un cycle journalier. On commence la journée par la prière du matin (subh) qui est le symbole du début de la vie. Ensuite, il y a la prière de midi (duhr), quand le soleil est au zénith, qu’il n’y a plus d’ombre et que l’homme se trouve en quelque sorte à son point culminant, à son apogée, dans toute sa verticalité. Puis vient la prière du milieu d’après-midi (‘asr), celle des sages et de la sagesse, et celle du crépuscule (maghreb) au moment où le soleil, en partant, laisse une dernière lumière derrière lui.

C’est le moment où la vie de l’homme quitte progressivement cette terre. En pénétrant dans la nuit, nous entrons dans un monde parallèle que nous ne connaissons pas.

La cinquième et dernière prière est celle de la nuit (‘ichâ) qui nous apprend que, dans l’autre monde aussi, la prière existe. Ce cycle est réglé afin que chaque étape de notre vie soit en liaison, en communication constante avec Dieu.

Musulmans et musulmanes sont donc tenus d’effectuer les cinq prières quotidiennes. Etant donné que je reconnais que Dieu est Un et que le message qui a été apporté par le Prophète Mohammed (s.s.p.) est véridique, je fais en sorte que cette Unicité demeure constante et perpétuelle dans ma vie de tous les jours.

La prière sera le moyen pour m’aider à atteindre ce but. Elle me permet de communiquer avec cette Unicité et, comme la shahâda, elle en est le rappel constant. Ces cinq prières réparties tout au long de la journée sacralisent le temps et imprègnent toute la vie du musulman. Bien sûr, l’habitude intervient et donne à la prière sa force ou sa faiblesse. En réa- lité, l’efficacité de la prière dépend de l’attitude intérieure de l’individu. Comment va-t-il prier ? A quel niveau ? Par habitude ? Dans un élan du cœur ? Par intérêt ? etc. Dans la tradition du tasawwuf, le rôle de la prière est de nous placer chaque fois face à Dieu.

Comme l’a dit le Prophète (s.s.p.) :  » Prie Dieu comme si tu Le voyais, car si toi tu ne Le vois pas, sache que Lui te voit. «  Si nous n’avons pas cette faculté, cette intention, cette force et cette clairvoyance pour pouvoir Le voir, alors ayons la foi et la conscience que Lui est en train de nous voir… et que chacun de nos actes, chacune de nos paroles et de nos pensées expriment devant Lui. Si tel est notre état d’esprit, la prière prend alors une ampleur extraordinaire.

Elle nous transporte d’un monde temporel, d’un quotidien souvent difficile à vivre, vers une rencontre sacrée. C’est un moment salutaire pendant lequel l’homme se sent dans la Présence. Car comment pourrions-nous être présents devant Dieu sinon par Lui ? C’est cela qui donne cette importance et cette force considérable à la prière. Comme l’a si bien exprimé le cheikh Hajj ‘Adda :

La prière, c’est le miroir ineffaçable où se mire le Dieu suprême.

Chacun peut Le voir selon la clarté de son propre cœur : ainsi, lorsque la lune apparaît à son premier jour de ramadan ceux qui ont

la vue claire la distinguent nettement tendis que les autres restent dans le doute.

Ah! La tristesse du doute ; celui qui n’a pas vu ne peut même pas dire qu’elle n’existe pas.

Tout le sens de la prière se révèle par ailleurs dans cette parole du Prophète (s.s.p.) :  » Fais la prière [de l'adieu] comme si tu la faisais pour la dernière fois. «  Cela signifie que nous devons prier de manière aussi consciente que possible, sans habitude. Je prends conscience que je suis en relation, en dialogue avec l’Absolu. Chaque fois que je me présente devant Lui, Je me prosterne et je me soumets. C’est un rappel constant.

Entre chaque prière, comment l’homme va-t-il employer son temps ? Que va-t-il faire pour rencontrer Dieu ou s’en éloigner ? Quel rôle aura-l-il joué ? Quel acte aura-t-il commis ? Il devient en effet difficiles entre deux prière, de commettre un acte perturbateur, un acte qui ôte ou diminue cette énergie, la force de ce désir, de cette communion. Chaque prière permet en quelque sorte de faire le bilan de sa conscience, de ses actes, jusqu’au moment où elle devient une nourriture dont nous ne pouvons plus nous passer.

Éffectivement, lorsque nous y avons pris goût, nous sommes perturbés si nous ne pouvons l’effectuer, cela crée un déséquilibre ; nous ne nous sentons pas bien, notre temps n’est pas réglé. Sacraliser le temps transforme l’homme qui ne vit plus seulement pour travailler, manger… mais aussi pour prier. Cela fait partie integrante de son temps.

La prière est un moyen pour le pratiquant de s’élever et de progresser, car une discipline basée sur le désir de se prosterner et de communiquer avec Dieu transcende l’homme et le protège des abus et des égarements qui peuvent naître en lui.

La prière est l’outil de la transformation spirituelle qui va s’opérer. Elle est une clé qui permet à l’homme, dès qu’il a atteint une étape, de franchir la suivante, à l’image de celui qui, chaque jour, avec un burin et un marteau, frappe sur une pierre qui, quelle que soit sa dureté, finira par céder. Même s’il ne l’entame que de quelques millimètres, il finira par créer ce passage et par pouvoir aller de l’autre côté. A force de persuasion et de discipline, il obtiendra un résultat, avec cette promesse de vivre un état meilleur que celui dans lequel il se trouve. L’homme n’est pas réduit à l’impuissance, il ne se trouve pas bloqué devant un mur, soumis aux aléas du temps.

Par la prière, il est à même de provoquer une dynamique qui le porte et l’éveille chaque jour davantage ! Cette assiduité ne vient qu’avec la maturité. En effet, lorsque l’homme a goûté l’effet bénéfique de la prière, alors elle devient une nécessité. Comme nous prenons le temps de nous arrêter pour manger, il devient aussi indispensable de s’arrêter pour goûter cette délicate nourriture de l’âme.

Elle possède aussi d’autres actions, visibles et invisibles. Elle rejaillit sur l’hygiène car, à chaque prière, nous devons faire des ablutions. Se laver avec de l’eau, c’est aussi, sur un plan symbolique, enlever quelque chose d’impur en nous. Nous ôtons quelque chose de négatif, une impureté, afin de nous présenter devant l’Absolu.

Par ailleurs, elle joue un rôle social important au sein de la communauté. Les riches, les pauvres, les savants, les ignorants se retrouvent sur le même rang. C’est un échange fraternel, puisque les fidèles sont appelés à se rencontrer cinq fois par jour. S’il y a un absent ou un malade, on demande de ses nouvelles. Si quelqu’un a des problèmes, on est informé.

Dans l’Islam, elle est un moyen pour la communauté musulmane de vivre un moment sacré qui ramène le monde terrestre à cette ouverture, à cette rencontre avec le monde céleste. C’est comme si vous étiez dans le Sahara et qu’en regardant l’horizon vous remarquiez que la terre et le ciel se touchent. C’est par la prière que nous parvenons peut-être à cette perception de nous et de l’Iinconnaissable, de nous et du Divin. Par cet acte, quelque chose se produit que nous ne pouvons nommer mais simplement sentir, vivre. Nous sommes le témoin d’une expériece, pour nous-mêmes et pour les autres.

Le lieu de la pratique importe peu. Puisque le Prophète (s.s.p.) priait aussi bien à cheval qu’à dos de chameau, cela nous laisse la possibilité de l’accomplir à tout moment et dans n’importe quelle circonstance, même en avion, en train, puisque c’est l’intention qui compte. On peut d’effectuer en position assise. Il n’y a pas la nécessité de la gestuelle : elle peut être symbolisée en fermant les yeux, en inclinant un peu la tête. Comme l’a dit le cheikh al-Aawi : mieux vaut une prière sans génuflexion, qu’une génuflexion sans âme. Le but étant plus loin que le moyen, pleurons sur ceux qui ne s’arrêtent qu’à ce dernier.

Soufisme Cœur de l’Islam du cheikh Khaled Bentounès Ed. La table ronde

Les prières commencent toujours par la sourate de la Fâtiha qui est appelée la Mère du Livre. Dans la tradition, on dit que tout l’univers est contenu dans les Livres révélés, que tous les Livres révélés sont contenus dans le Coran, qui est lui-même contenu dans la Fatiha qui est elle-même contenue dans la basmala (au nom de Dieu le Clément, le Miéricordieux) qui est contenue dans la lettre bâ,   laquelle se trouve dans le point sous le bâ. Nous allons de l’universel, de l’infiniment grand à l’infiniment petit, du macrocosme au microcosme – le point – qui est l’origine de toutes choses. C’est lui qui contient tout l’univers.

Donc, chaque prière commence par la première sourate de la Fâtiha. Ce qui est dit dans cette sourate est universel et peut être dit dans toutes les religions:

1. Au nom de Dieu : celui qui fait miséricorde, le Miséricordieux.

2.   Louange à Dieu, Seigneur des mondes :

3. celui qui fait miséricorde, Le Miséricordieux.

4. le Roi du Jour du Jugement.

5. C’est toi que nous adorons, c’est toi dont nous implorons le secours.

6. Dirige-nous dans le chemin droit :

7. le chemin de ceux que tu as comblés de tes bienfaits; non pas le chemin de ceux qui encourent ta colère ni celui des égarés.

Ensuite, nous pouvons choisir une sourate, ou l’un des versets du coran, en fonction du moment, de notre clairvoyance, de notre état intérieur. Le morceau choisi peut ainsi nous toucher et augmenter notre état de conscience. Ces récitations s’accompagnent de trois positions du corps : la station debout, la génuflexion et la prosternation, qui comprennent chacune leur symbolique. On part de la station debout pour aboutir à la prosternation qui symbolise la soumission à la volonté divine, l’acceptation d’étre ce que l’on est.

Certains soufis disent aussi qu’au travers de ces attitudes corporelles, tous les règnes sont représentés, l’animal, le végital   et le minéral. Il s’agit du retour vers l’Absolu mais aussi vers l’origine, vers la terre. Ce rituel se termine par la phrase :  » Que la paix soit sur vous  » (as-salâmu ‘alaykum). On se tourne à droite et à gauche, que l’on soit seul ou en groupe. Ce mouvement est accompli pour les anges qui nous accompagnent et qui sont toujours près de nous.

Dans la tradition musulmane, il est dit que chaque personne est accompagnée de deux anges : celui de droite et celui de gauche. Sur un livre seront inscrites par eux les actions bénéfiques et les actes négatifs qui nous accompagneront toute notre vie jusqu’au Jugement dernier. Lorsque nous nous présenterons devant Dieu, nous serons jugés sur les actions accomplies durant toute notre vie. Le livre et les anges sont des symboles qui font prendre conscience que chaque acte compte dans l’existence, qu’il est inscrit et ne sera jamais oublié.

Je pense que nous portons ces anges en nous. C’est- dire que chaque acte est gravé quelque part en nous, dans notre conscience, dans nos cellules, dans nos gènes.  » Le Jour où leurs langues, leurs mains et leurs pieds témoigneront contre eux sur ce qu ‘ils ont fait » . (sourate 24, verset 24). Un acte accompli est éternel, même si nous l’avons oublié ! Chaque fois qu’une action est commise, prenons conscience des conséquence. Sont-elles bénéfiques ? Utiles ? Réellement désintéressées ?…

La prière s’achève. Mais avec les salutations de paix nous pouvons ajouter des démens de pratique tels le chapelet de quatre-vingt-dix-neuf grains (tasbîh) et la demande à Dieu de nous guider (du’â). Bien sûr, au-delà de ces cinq prières rituelles, il existe toute une gamme de prières (celle du vendredi, celle pour les morts, pour la sécheresse, pour les fêtes…) que nous pouvons adapter aux circonstances…

A chaque prière il est permis de faire une demande pour soi et pour les  autres. Cest un moyen pour recevoir et pour donner. Nous recevons le Divin puisque nous récitons Sa parole, et nous sommes là pour témoigner de son Unicité et nous soumettre à Sa volonté. Il y a échange constant entre l’être et l’Absolu.

Il existe des différence de degrés entre la prière du commun et celle de l’initié. Sa qualitt sera révélatrice de l’état de l’être. Plus le miroir est propre et pur, plus il réfléchit la Lumière divine. La prière faisant partie des obligations de tous les musulmans, le soufi fait donc ces prières en plus de ce qu’il remise par ailleurs.

Il y a beaucoup à dire sur la prière, il faudrait un livre entier qui ne traite que de ce sujet !

Le jeûne

Le jeûne a un rôle de purification mais c’est aussi une forme  de prière. Il ne s’agit pas seulement de s’abstenir de nourriture mais aussi de tout ce qui est superflu dans sa relation entre l’étre et le Divin.

Il y a le jeûne obligatoire du mois de rama- dan, et le jeûne surérogatoire qui existe, par exemple, lors de retraites. Le ramadan est aussi le mois de la sainte Révélation et de la Nuit du destin au cours de laquelle les portes du ciel s’ouvrent davantage à la prière de l’homme. Sur le plan physique, le jeûne apporte un bien-être considérable.

Il purifie le corps de ses excès. S’il est accompagné d’une intention spirituelle, des éléments physiques s’éliminent également. En général, pendant le jeûne, on prie beaucoup, on lit davantage le Coran et on pratique davantage l’invocation. Cet ensemble est essentiel dans les retraites.

La zakât

La zakât est une pratique économique. Elle signifie que, si je me considère fortuné ou aisé, un privilège divin m’est accordé pour une période au cours de laquelle Dieu devient en quelque sorte mon associé. La zajât représente la reconnaissance que j’éprouve pour Dieu qui m’a donné la vie, la santé et la possibilité de jouir des bienfaits de la vie. Ce n’est ni de la charité ni un don, mais un devoir, une obligation. Tous les ans, nous faisons le bilan de notre fortune et, lorsque nous remplissons la déclaration fiscal nous mettons les bénéfices réalisés de côté pour verser 2,5% de cette somme.

Ce pourcentage peut être chiffré en argent ou parfois en nature (blé, bovins…) pour le cultivateur ou l’léveur. Il y a également des dispenses. Par exemple, si la femme possède des bijoux, elle ne fait pas la zakât sur ces biens qui sont considérés comme un ornement personnel. Par contre, la zakât est prise sur l’or, les actions et les obligations. Lorsque les institutions islamiques existaient encore, on remettait la dîme au Trésor qui la redistribuait.

Aujourd’hui, l’Etat ne perçoit plus cette dîme: il se contente de prélever l’impôt et nous somme obligés de donner la dîme nous-mêmes. Nous pouvons la verser   intégralement à quelqu’un ou la diviser, mais il faut la donner.

Celui qui s’y soustrait omet un des piliers de l’Islam. Je pense que la zakât est une des pratiques les plus exigeantes car elle touche un point sensible de l’être humain. L’attitude d’un homme face à l’argent est toujours très révélatrice du degré de sa foi. Elle permet de voir si Dieu est réellement considéré comme un associé et si nous nous plions à Sa volonté.

Le pèlerinage

Pour des raisons de sécurité, une femme ne peut le réaliser qu’accompagnée d’un proche ou d’un membre de sa famille. Il dure environ une semaine.

Pour comprendre la symbolique du pèlerinage et pour découvrir la force extraordinaire, incomparable qui s’en dégage,   il faut le vivre. En l’effectuant moi-même, j’ai ressenti cet éveil à une dimension à laquelle j’avais songé intellectuellement mais que je n’avais jamais réalisée. L’Unité d’être est matérialisée dans ce lieu.

On commence par se retrouver tous à nu car les contraintes imposées sont telles que l’on ne peut se cacher. Le seul habit toléré est composé de deux étoffes qui laissent la tête et le torse nus, malgré la chaleur qui peut atteindre quarante-six degrés. Alors que dans notre société l’habit fait de nous ce que nous croyons être, à La Mecque, nous perdons toute identité, nous sommes semblable à tous les êtres. Nous nous intégrons à quelque chose d’autre et le lien de la communauté ressort de manière extrêmement puissante, puisqu’il est vécu et partagé par des millions de personnes au même moment.

Le pèlerinage commence par les sept tours (tawâf) autour de la Ka’ba qui symbolise la Maison de Dieu.

C’est un cube de pierre vide d’environ quinze mètres de haut, treize mètre de long et doux mètre de large, couvert d’une étoffe de velours noir sur laquelle sont écrits en lettres d’or les Noms divins, ainsi que des verses coraniques. Ce cube vide symbolise l’inconnaissable, le mystère absolu, l’insondable.

Pendant cette étape, j’ai vu l’humanité entière devant moi dans ces milliers de fidèles qui tournent tous en même temps vingt-quatre heure sur vingt-quatre en priant et en invoquant Dieu dans différentes langues, créant un bruit de fond inimaginable. Lorsque j’ai vu, senti et entendu cette masse compacte d’êtres humains qui tournent tous sur le même rythme autour de ce cube, comme une nuée d’où je ne pouvais plus distinguer ni les hommes ni les femmes ni même les individus, j’ai pensé à une nébuleuse.

En ajoutant à cela la chaleur, la sensation d’oppression, le manque d’air et la difficulté de marcher, j’ai senti mon individualité comme broyée au milieu de cette masse. Pendant les sept tours que j’ai accomplis, je me suis senti de plus en plus fatigué au point qu’à chaque fois que je levais la main pour saluer la Ka’ba, je comptai, sur mes   doigts le nombre de tours accomplis.

Bien sûr, comme tous les pèlerins, j’étais animé par le désir d’approcher la pierre noire. Mais je n’ai vu nulle part autant d’êtres humains s’agglutiner, se pressez avec une seule obses- sion : toucher la pierre. Pour y accéder, les pèlerins feraient n’importe quoi, ils donneraient tout ! Cette pierre noire se trouve dans un des angles de la Ka’ba.

La légende dit qu’adam a ramené cette pierre du paradis. Elle symbolise le pacte entre Dieu et l’humanité.  » Quand ton seigneur tira une descendance des reins des fils d’adam,   Il les fit   témoigner contre eux-mêmes :   ne suis-je pas votre Seigneur ? «  Ils dirent :  » Oui, nous témoignons  » (sourate 7, verset 172).

Le pèlerinage nous permet de remonter à la source, à l’origine. Après avoir effectué le tawâf nous nous dirigeons vers le puits de Zamzam dont la source a jailli sous le pas d’Ismâ’îl,   fils d’Abraham (s.s.p.). C’est à cette source que tant d’hommes sont venus s’abreuver et où tant de coeurs ont été régénérés, tant de soifs étanchées.

D’un goût particulier, un peu saumàtre, elle est si légère que l’on peut en boire encore et encore, sans jamais éprouver la moindre lourdeur.

La seconde étape se déroule sur les deux collines nommées Safâ et Marwa, qui font aujourd’hui partie du Temple. Nous devons faire sept fois un aller-retour entre ces deux collines en marchant lentement d’abord, puis hâtivement. Ce trajet symbolise les allées et venues d’Agar , la seconde femme d’Abraham (s.s.p.) qui, voyant son bébé mourir de soif implora du secours en allant et venant d’une colline à l’autre. La femme d’Abralmm (s.s.p.) représente ici l’âme qui a soif, soif de vie, de vérité et d’absolu, et qui cherche intensément cette eau miraculeuse qui régénère et nourrit.

La seconde étape se déroule sur les deux collines nommées Safâ et Marwa, qui font aujourd’hui partie du Temple. Nous devons faire sept fois un aller-retour entre ces deux collines en marchant lentement d’abord, puis hâtivement. Ce trajet symbolise les allées et venues d’Agar , la seconde femme d’Abraham (s.s.p.) qui, voyant son bébé mourir de soif implora du secours en allant et venant d’une colline à l’autre. La femme d’Abraham (s.s.p.) représente ici l’âme qui a soif, soif de vie, de vérité et d’absolu, et qui cherche intensément cette eau miraculeuse qui régénère et nourrit.

Pendant ce parcours, le pèlerin implore le secours pour lui-même et pour l’humanité entière. Cette étape est particulièrement longue et éprouvante, car, dans l’état de l’être (état de sacralisation), nous ne pouvons nous laver correctement, ni nous brosser les dents, ni nous couper les cheveux et les ongles, ni nous raser, et ces conditions pèsent d’autant plus que nous mangeons et dormons peu. Mais une joie immense récompensera ces premières épreuves.

L’épreuve suivante nécessite un déplacement en car à l’extérieur de la Mecque, vers un endroit appelé ‘Arafât. Imaginez des milliers de petits enclos délimités par des tentes immenses, ouvertes les unes sur les autres. Dans chacune de ces cours, un robinet d’eau et trois ou quatre toilettes pour des centaine de personnes. De tous côtés, sur des kilomètres, des tentes   blanches à perte de vue et une foule colossale habillée de blanc. Durant cette journée, tout le monde se retrouve debout pour prier. Il n’y a aucune distinction de race, de fortune, ni de savoir. Tout le monde est semblable, seul un signe distinctif existe : la présent de la grâce divine illuminant le visage de certains et les autres dont le visage reste ferma et ténébreux.

‘Arafât signifie  » la rencontre « , le lieu où l’on se retrouve. Selon la légende, c’est dans cet endroit qu’Adam et Eve se sont retrouvés alors qu’ils s’étaient perdus de vue après avoir été chassés du paradis. C’est la rencontre entre l’homme et la femme, entre l’esprit et l’âme. Cet espace sacré d »Arafât a été délimité par le Prophète (s.s.p.) et aujourd’hui il parvient tout juste à contenir les pèlerins. Le pèlerinage n’est valable que si on peut entrer dans cet espace délimité avant le coucher du soleil et en ressortir impérativement avant celui du lendemain.

La prochaine étape a lieu le lendemain. Un jour béni où tous les péchés de l’homme sont effacés s’il a accompli le pèlerinage pour Dieu et uniquement pour Lui. La journée est consacrée à la prière, à la lecture du Coran et à la méditation, entrecoupées par quelques repos. Au coucher du soleil, une clameur s’élève, comme d’un seul homme, quand la foule se met à prier à haute voix avec force et intensité. Chacun donne libre cours à son inspiration pour laisser parler son coeur.

Même avec des cris, chacun appelle son Seigneur dans sa langue et selon sa foi. Le soir même, cette nuée humaine se précipite dans les voitures afin de se rendre à la station de Mina pour l’étape suivante. Ce trajet s’effectue mètre par mètre car le nombre de véhicules est tel qu’on ne peut plus parler de circulation, mais de quatorze kilomètres d’embouteillage inextricable. A mi-chemin, on s’arrête à Muzdalifa   pour ramasser les jamarât: un lot de quarante-neuf petits cailloux de la grosseur d’une fève, nécessaires à la lapidation de Satan.

Ce rite dure environ trois jours. Il se déroule aux trois endroits où Satan est apparu pour tenter Abraham (s.s.p.) en jetant le doute dans son cœur enfin de l’éloigner de son Seigneur et l’empêcher de sacrifier son fils. Après ces trois essais, Satan a abandonné car, face à tant de foi, il savait qu’il était inutile de continuer. Une autre légende raconte que c’est à l’un de ces trois endroits qu’est enterré le guide qui a conduit Abraha pour détruire la Ka’ba.

Durant cette étape, c’est un flot d’hommes et de femmes qui, coudes à coudes, sur plusieurs kilomètres de long et plu- sieurs mètres de large, à dirigent vers le même endroit. Des milliers et des milliers de pierres lancées en direction du « lapidé »     cinglent l’air et retombent dans un bruit transperçant. L’un après l’autre, chaque pèlerin jette ses pierres. Sur un plan symbolique, il est bien entendu que nous lançons des pierres sur nos propres démons, sur ces aspects de nous- mêmes qui nous éloignent de la Vérité. Celui qui fait de son pèlerinage une expérience intime et intérieure sait parfaitement à quel aspect de lui-même il lance des pierres. Après ce rituel, nous ressentons le bienfait d’une délivrance.

Puis certaines personnes sont choisies pour réaliser l’offrande, le sacrifice d’un animal. Ce rite se déroule à Mina, après la lapidation, dans un endroit spécial réservé à cet usage. Personnellement, je n’avais pas d’offrande à faire mais, par curiosité, je suis allé sur les lieux, et je l’ai regretté. Ce que j’ai vu m’a effrayé, pour ne pas dire épouvanté. Tous ces hommes avec chacun un couteau à la main et ces milliers de bêtes bêlantes qui sentent la mort sur ce parterre couvert de sang !

C’est un souvenir qui déchire le coeur. Pourquoi toutes ces bêtes gisantes qui ne serviront qu’à peu de personne ? J’étais venu voir un sacrifice, J’avais assisté à un carnage. Ce sacrifice, symbole de l’offrande de la créature à son Créateur, a un sens profond et véritable. Mais, à l’heure actuelle, cette offrande ne pourrait-elle servir ceux qui en ont vraiment besoin ? Ne pourrait-on empêcher ce gaspillage de se perpétuer inutile- ment chaque année ? Dans l’aire sacrée du pèlerinage, vous payez pour chaque atteinte à la vie si petite soit-elle, animale ou végétale,   volontaire ou involontaire. Vous pouvez éliminer un animal dangereux mais vous devez payer, soit en donnant une rétribution à un pauvre, soit en effectuant un sacrifice animal.

Enfin, il y a le retour à La Mecque pour les sept derniers tours de la Ka’ba et nous reprenons nos habits civils. Heureux, nous pouvons enfin nous laver abondamment, nous raser, nous couper les ongles, nous parfumer et, à partir de ce moment-là, tout est à nouveau permis. Le dernier rituel, c’est le retour à Mina afin de jeter nos dernières pierres.

Après un repos d’un ou deux jours, nous revêtons une dernière fois,  et pour quelques heures seulement, le vêtement de   l’ihrâm, afin de réaliser la ùmra ou le petit pèlerinage, qui se fait de nuit pour éviter la chaleur et la foule autour de la Ka’ba. On y effectue les sept tours du tawâf, puis on sort des limites sacrées de La Mecque pour se rendre dans une mosquée et y effectuer une prière de deux prosternations (rakât), durant laquelle on formule l’intention de la ‘umra. Ensuite on se dirige vers Ka’ba où l’on effectue les sept tours du tawâf et oû l’on prie en face du Moultazam. Enfin on descend au puits de Zamzam pour finir par les deux collines Safâ et Marwa.

Le pèlerinage est une forme d’épreuve de la foi. Jusqu’où le fidèle peut-il aller pour Dieu ? Et je vous assure que si vous êtes capable de vous abandonner pour répondre à Son appel, vous vivrez des instants bénis et inoubliables, très rares dans ce monde matérialiste où la place de l’homme véritable est de plus en plus ténue.

En conclusion : c’est la prière qui détermine le musulman. Si nous sommes malades ou en voyage, le jeûne peut être abrogé, s’effectuer un autre mois ou être compensé en nourrissant les pauvres. L’aumône, elle aussi, n’est donnée que si nous possédons une fortune, du terrain, etc., et le pèlerinage se fait une fois dans la vie sous certaines conditions : être majeur, si nous avons la santé, les moyens financiers, pas de dettes et sans, faire d’emprunt. Par contre, la prière peut toujours être effectuée, quels que soient le lieu et l’attitude, que nous soyons alités ou paralysés. Nous ne pouvons pas transiger avec elle puisqu’elle est le moyen par excellence qui ouvre le cœur de l’homme à Dieu.

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Islam, Iman et Ihsan

août 23, 2009 
Categorie : Islam, Les trois niveaux d'évolution

Les cinq piliers seront pratiqués de manière superficielle ou profonde en fonction du niveau d’évolution des individus.

Trois niveaux sont décrits dans l’Islam : le premier niveau est celui de la soumission (islâm), le second, celui de la foi (îmân) et, le dernier, celui de l’excellence (ihsân).

L’islâm est le premier état. Il s’agit de la soumission à Dieu dans ce qu’il a voulu et désiré pour l’homme. S’Il a ordonné de faire la prière, je la fais. S’Il a décidé la zakât, je la donne sans discuter. Je dois réaliser les cinq piliers dans un état de soumission vécu sur un plan strictement formel.

Mais il existe un autre état, celui de l’îmân (foi) qui exprime que ce que l’on reconnaît par la langue l’est aussi par le cœur.

Le premier niveau peut être vécu par tout le monde, mais pas le second. le fidèle qui vit l’état de l’îman ne se contente pas d’accomplir les cinq piliers, sa vie intérieure en est le reflet.

Et, enfin, le dernier niveau est celui de l’ihsân (l’excellence).

Le Prophète (s.s.p.) l’a décrit de cette manière :  » Prie Dieu comme si tu Le voyais, et si tu ne Le vois pas, sache que Lui te voit. «  Cet état est celui de la certitude et de la vision intérieures. On ne prie pas Dieu parce qu’il le faut mais parce qu’on Le voit. Dans cette ultime étape, il ne suffit pas de sa- voir mais de voir. Le Prophète (s.s.p.) a dit : « Adore Dieu comme si tu Le voyais «  ; l’emplacement du  » si  » désigne une frontière entre ceux qui Le voient et ceux qui ne Le verront jamais. Ce ne sont alors ni la foi ni l’habitude qui guident la prière mais la certitude, la vision intérieure qui n’est pas le résultat d’une réflexion intellectuelle, et encore moins le fruit de l’imagination.

Voilà les trois étapes de cette pratique spirituelle. Pour résumer cet aspect fondamental, la première étape ne sera jamais comme la seconde qui ne sera jamais comme la troisième. Il y a ceux qui accomplissent la première étape et en restent là, alors que d’autres vont faire l’effort d’aller jusqu’à la seconde.

Rares seront ceux qui accéderont à l’étape ultime et qui seront alors des réalisés Cet état final n’est pas supportable par tous et il faut y avoir été préparé pour le supporter, le vivre et en être le témoin. Car ce rayonnement peut être vu. Au travers des personnes réalisées, nous voyons qu’ils ont vu !

Une nouvelle perception du monde

Voilà le sens de ce qui est appelé la pratique obligatoire. Elle ne sera pas statique mais toujours fécondée et dynamisée par la réflexion. Il ne suffira pas de faire la prière, il faudra en recueillir les fruits. Et le pratiquant, étant plus ou moins heureux de l’état qui découle de sa pratique, recherchera alors un état de plus en plus fécond et clairvoyant. A partir de ce moment chaque chose est à sa place Il commence à percevoir que les bruits, les sons et tout ce qui l’entoure ne sont pas le fruit du hasard. Les événements prennent leur place et deviennent des signes. En vérité, quelque chose s’ouvre en l’homme, comme un sixième sens qui lui permet de capturer ces signes.

Une prise de conscience s’effectue au niveau sensoriel, corporel. Les sens deviennent plus aigus, plus réceptifs. Ils attendent le signe qui correspond à l’état intérieur, aux besoins. A ce stade, les mots manquent et je ne peux pas expliquer davantage. En vérité, il ne s’agit que de Dieu et pas d’autre chose. Nous voyons la manifestation divine au travers de Sa création. Cet arbre derrière nous n’est pas inerte, il est animé. Il est vivant comme moi et lui aussi témoigne de cette Vérité, alors que l’homme ordinaire ne peut communiquer avec lui car il n’a pas atteint cet état universel qui permet de s’ouvrir à la plénitude.

Cette ouverture est comparable à une lumière qu’on allume et qui permet d’être spectateur d’une scène nouvelle dont nous connaissions certains détails mais dont nous n’avions pas la vue d’ensemble. En fait, le monde est le même et néanmoins à chaque fois différent. Ce niveau n’est pas encore celui de la réalisation, c’est un niveau qui s’atteint par la pratique. Je vous décris la manière dont cette pratique peut être vécue pour celui qui la situe au niveau du coeur, sachant qu’elle sera encore différente pour celui qui la vit à un niveau supérieur. Ce que je dis est au-delà d’un effort intellectuel ou rationnel. C’est un vécu qui n’est accessible que par l’expérience. Cette nouvelle perception du monde devient normale.

C’est comme si nous nous haussions à un niveau supérieur qui préexistait en nous, un niveau caché auquel nous n’avions plus accès. Par la pratique, par la foi, par le désir intense de se rapprocher de Dieu, notre intelligence, notre réflexion se sont hissées d’un cran et nous permettent de voir et d’entendre, sans comparaison avec ce que nous avions coutume de vivre. Lorsque quelqu’un s’adresse à nous anonymement dans la rue, même s’il nous dit une phrase banale, il l’a dite pour nous et pas pour un autre. Nous sentons cette parole comme nous étant destinée et répondant à l’instant précis à la question que nous nous posions ou au désir présent en nous à ce moment-là. Il y a une corrélation telle que cela ne peut être un hasard un fait gratuit. Je ne sais pas ce que les scientifiques et les psychologues en pensent, mais dans le soufisme c’est quelque chose qui entre dans le domaine du possible et du quotidien. C’est une expérience qui existe ! Nous pouvons la vivre une fois, dix fois, la centième fois nous sommes convaincus de sa utilité.

La pratique est en vérité un outil de purification de méditation, d’incitation et de polissage. Elle permet à l’homme de cheminer et de découvrir un champ de conscience qui lui était inconnu ou qu’il avait oublié – puisque la Genèse mentionne déjà cet état. Il s’agit de redécouvrir une partie de nous – mêmes : le Soi et ses immenses possibilités.

Si nous pensons avec un mental restreint, limité, nous nous emprisonnons, alors que nous avons la possibilité d’élargir la conscience, de l’agrandir à l’infini. Cette ouverture nous permet de regarder le monde et les êtres différemment. L’ensemble de la création prend une autre dimension, et cela signifie aussi que nous ne réfléchissons plus de la même manière. Ainsi, par exemple, les astronautes qui ont quitté l’attraction terrestre pour aller sur la lune ont décrit des états de conscience différents. Ils ont changé intérieurement car ils avaient échappé à leurs limites habituelles. Le Prophète (s.s.p.) a dit :  » Dans l’homme il existe une force d’âme qui, si elle aspirait à univers, l’univers viendrait à lui. «  Quand mon maître, le cheikh Mahdî nous a enseigné ce hadîth il a souligné que le Prophète (s.s.p.) s’adresse à l’homme en général et il a précisé : a fortiori pour le croyant et le connaissant.

Par la pratique, l’homme peut atteindre cette limite. C’est-à-dire que nous pouvons échapper à cette attraction de notre milieu, de notre éducation, et nous remettre totalement en question. Nous changeons alors d’échelle, de registre. Nous ne pouvons pas affirmer que nous nous élevons ou que nous nous détachons, mais plutôt que nous changeons de fréquence. En fait, nous voyons les êtres et les choses que nous aimons dans un monde plus vaste, plus universel. Nous ne les percevons plus comme un hasard une nécessité ou une obligation. Nous ne subissons plus les choses ! Il n’y a plus de contraintes ou bien, si elles existent, elle ont un rôle à jouer.

Habituellement, notre mental est entièrement parasité par des occupations matérielles ou par des émotions diverses : l’amour, la haine, la joie, la douleur, la peur, le doute, le mécontentement. Cela constitue un sac de nœuds qui nous limite dans notre champ d’action. Nous devons subir de nombreuses épreuves pour transformer notre mental et lui permettre de ne plus s’accrocher aux choses avec autant de force et de souffrance. Peu à peu, la pratique permettra de créer un apaisement. L’homme devient plus calme, plus réfléchi. La pacification du mental lui apporte plus de douceur. Par exemple, le cheminant sera délivré de la peur de la mort alors qu’elle est une hantise pour celui qui vit dans le mental.

Il ne veut surtout pas y songer car il pense qu’il va disparaître corps et âme. Pour le pratiquant, la mort perd cette image d’issue fatale et devient une étape dans le processus de la continuité du cheminement spirituel. Elle est d’ailleurs le but recherché. Le Prophète (s.s.p.) a dit :  » Mourez avant de de mourir.  » Mourir avant la mort signifie que cette hantise de l’ego, cette réflexion limitative qui nous emprisonne, disparaît définitivement. A travers cette mort libératrice, nous pouvons vivre une seconde naissance qui nous ouvre sur l’universel, sur l’éternel. Elle nous permet d’accéder à cette possibilité que nous avons tous de pouvoir sortir du monde limité et fermé de notre rationalité, de notre intellect, pour atteindre l’esprit qui se révèle en toute chose : l’éternel présent, l’éternel vivant.

Nous changeons de valeur, de mesure et de poids. Nous percevons les choses à un autre niveau. Dans ce cas, nous ne devons pas oublier que ce que nous vivons intérieurement ne peut s’abstraire du vécu de nos semblables encore prisonniers de leurs limitations. Par conséquent, nous devons adopter un double langage, une double réflexion. Avec ceux qui ont atteint le même état que nous, nous pouvons dialoguer car ils sont sur la même longueur d’ondes. Mais jamais il ne faut commettre l’erreur de parler ainsi à quelqu’un qui n’a pas atteint cet état intérieur et qui ne possède pas la même réflexion ni la même vision des choses car nous pouvons le perturber et l’affoler.

On raconte une histoire qui illustre bien ceci :  » la pluie tomba sur une ville pendant dix-neuf jours. Le roi avait été averti dans un rêve que la pluie allait empoisonner tous les puits et les sources du pays. Il avait donc demandé à ce que les puits de son palais soient couverts afin d’y sauvegarder l’eau potable. Hélas ! il n’avait pas jugé bon de couvrir ceux de la ville et du pays pensant que cette pollution serait passagère et n’entraînerait pas de graves conséquences pour la santé de la population. La pluie passée, les gens ont bu de cette eau et sont devenus fous. Mais ils venaient toujours voir le roi afin qu’il rende la justice et ils lui parlaient de leurs problèmes dans un état différent de celui dans lequel ils vivaient auparavant. Le roi, voyant cela, finit par leur demander de lui apporter de l’eau dont ils avaient bu, afin qu’il la goûte. Comme on peut s’y attendra il devint fou comme eux et il put alors rendre la justice.  » Cette anecdote montre que nous ne pouvons communiquer entre nous qu’avec un même langage.

Selon la volonté divine, l’homme demeure soumis à l’expérience de son individualité afin de l’accomplir pleinement, mais il prend conscience aussi qu’il est un élément du Tout. Si l’homme réalisé perdait son individualité, il serait rejeté par ses semblables et aurait alors sa place dans un asile psychiatrique, puisque son raisonnement différerait de celui de la masse. Cet état existe bel et bien, et je ne pense pas que nous puissions lui trouver une explication sur le plan rationnel puisqu’il correspond à une expérience. C’est comme si nous nous mettions tous au bord de la mer et que l’un d’entre nous regarde l’horizon avec ses yeux, l’autre avec des lunettes et un troisième avec des jumelles.

Nous regardons tous clans la même direction, mais l’un voit plus loin que l’autre. Nous avons tous le même regard vers cette réalité qui nous environne, mais celui qui voit avec ses yeux voit la réalité par rapport à ses yeux et celui qui la voit avec un instrument plus perfectionné la voit par rapport à celui-ci. En fait, les trois voient la réalité, les trois ont raison. Toutes les visions sont vraies. C’est une question de perception et de profondeur. Comment un homme soumis aux nécessités trépidantes de notre société de consommation peut-il découvrir cet état intérieur ? Il travaille huit, neuf heures par jour, et parfois plus.

Il court du matin au soir. Il subit les assauts des téléphones, des fax etc. Pour le commun des mortels, cette vie représente la réalité. Soumis à celle-ci, comment l’homme peut-il comprendre par sa seule raison la réalité du monde sensible ? C’est très difficile ! La seule chose que l’on puisse lui proposer, c’est de prendre son bâton de pèlerin et de faire le voyage, l’expérience… C’est tout ! Nous ne pouvons pas faire le trajet à sa place. Nous ne pouvons que témoigner de ce que nous vivons.

Si la personne ne prend pas son bâton de pèlerin, si elle ne s’engage pas dans la pratique avec un sentiment d’urgence, elle vivra sur le plan mental et ce sera totalement illusoire. C’est tout le sens de l’ascèse !  » Ils sont arrosés avec la même eau mais chacun donne des fruit de goûts différents  » (sourate 13, verset 4).

Soufisme Cœur de l’Islam du cheikh Khaled Bentounès Ed. La table ronde

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Qu'est-ce que l'Islam

avril 16, 2009 
Categorie : Islam, Qu'est-ce que l'Islam

Qu’est-ce que l’Islam ? On pourrait répondre d’un seul mot : la prière, à condition de l’entendre comme désignant, au-delà des actes cultuels, l’engagement de l’homme tout entier.

Et telle est bien la signification du terme islâm qui provient du verbe aslama : << s’en remettre, s’abandonner >> (à Dieu).

L’étymologie se rattache également à la paix (salâm). Ainsi se reconnaissent entre eux et se saluent les musulmans: << Que la paix soit avec toi ! >>, cette remise confiante émane de la Paix et conduit à Elle.

Alors que les grandes religions du monde portent le nom de leurs fondateurs -Christianisme, Bouddhisme, Zoroastrisme – ou celui du pays où elles ont pris naissance – Judaïsme, Hindouïsme -, l’Islam se définit essentiellement comme une attitude à l’égard du Créateur et, partant, des créatures. Deux conceptions devront donc être retenues.

En premier lieu, le terme islâm s’applique à la religion fondamentale de l’être humain, c’est-à-dire à sa capacité innée de reconnaître ce qui le relie à Dieu. Créé à Son image, il est  << capable de Dieu >> : il existe, au tréfonds de lui-même, la possibilité de s’en approcher, de témoigner de la confiance en Son amour et Sa miséricorde.

Il nous est dit dans le Coran (VII, 172) que le Seigneur, interrogeant dans la pré-éternité les germes de l’humanité (future) encore en Adam incréé, leur demanda : << Ne suis-Je pas votre Seigneur ? >> Ils répondirent << Mais oui ! Nous en témoignons [1]. >> Et c’est à ce pacte primordial que se rattache la vassalité, la dépendance de la race adamique envers Celui qui l’a fait sortir du néant.

Le Livre sacré de l’islam déclare que tout être célèbre les louanges de Dieu,

<< l’oiseau en étendant ses ailes, l’arbre en projetant son ombre >>, mais que nous ne comprenons pas leur langage. La raison d’être de la Création, nous est-il encore rappelé, est l’adoration du Dieu Un.

Mais si la Création toute entière Le glorifie – c’est-à-dire fait acte d’islâm en obéissant à la loi de son être propre (la pierre tombe, le feu brûle, la planète tourne) -, seul l’homme est libre de prier. En cela réside le tragique et la grandeur de sa condition. Son éminente dignité tient à la responsabilité qui lui est conférée de jouer le rôle de « lieutenant », de « calife » de Dieu sur la terre, de coopérer â l’oeuvre de Sa volonté sainte. Car la prière est aussi agir.

Notons au passage combien est erronée l’accusation de « fatalisme » portée si souvent contre l’Islam, puisque toute âme doit répondre de ses actes devant la justice divine. Ce qui implique, en outre, qu’il ne peut exister << de contrainte en matière de religion >>, comme l’affirme avec force le Coran II, 256).

La deuxième acception du terme islâm, c’est la religion de la communauté fondée au VIIe siècle de l’ère chrétienne par Muhammad, considéré par le milliard de musulmans existant aujourd’hui dans le monde comme un Envoyé, un Messager de Dieu, chargé de transmettre Sa Parole. Cette Parole s’incarne dans un Livre révélé : le Coran. Si le Christianisme se réfère à une personne, c’est sur une écriture sacrée que se fonde l’Islam. Ici encore, il convient de faire justice d’une erreur trop répandue : c’est un véritable contresens que de parler de « Mahométans » puisque aucun culte n’est rendu à Muhammad, Prophète certes, mais homme comme chacun de nous. C’en est une autre que d’appeler l’Islam « religion des Arabes », ceux-ci ne représentant, sur une aire territoriale qui s’étend de Tanger à Lahore, du Caire à Djakarta, que un huitième environ de cette communauté de près d’un milliard d’hommes.

Selon quels critères les musulmans vont-ils voir dans le Coran une révélation d’origine divine ? Tout d’abord, l’authenticité scripturaire du Livre saint, à la différence de toutes les autres Ecritures, n’a jamais été contestée, même par les adversaires les plus acharnés de l’Islam.

En effet, qu’il s’agisse de l’Ancien Testament ou des Evangiles – sans parler des Védas, des Upanishads, des Ecritures bouddhiques, etc. -, nous ne disposons que de manuscrits tardifs et parfois traduits. C’est ainsi que les manuscrits des évangiles dont nous disposons ne datent, à l’exception d’un petit fragment de celui de saint Jean, que du IVe siècle (en faisant, bien entendu, abstraction de la Tradition vivante au sein des communautés chrétiennes).

En ce qui concerne la Bible, ses livres ont été rédigés à différentes époques. On ne peut écarter la possibilité de divergences et d’interpolations. Au contraire, les manuscrits du Coran datent du temps du Prophète lui-même et ne diffèrent pas d’un seul point entre eux ; l’exemplaire du Caire, celui d’Istanbul, celui de Médine et bien d’autres sont rigoureusement identiques et contemporains du tout début de l’Islam.

Il est donc possible au croyant de se fonder sur leur lettre, sans avoir recours à une interprétation humaine ou à une tradition orale ; le musulman doit lire le Coran comme s’il lui était révélé à lui-même, en appliquant à cette lectio divina toutes les ressources de son intelligence et de sa culture et en implorant la grâce de Dieu, pour l’éclairer dans cette tâche. Il n’y a dans l’Islam ni Eglise, ni clergé, ni conciles, et les savants ne sont consultés, le cas échéant, que pour éclaircir, en leur qualité de jurisconsultes, l’application requise d’un point de droit à un cas particulier. Le musulman sera donc son propre officiant : il n’existe pas d’intermédiaire entre Dieu et lui, sauf la Révélation qu’il méditera et dont il s’efforcera de pratiquer les commandements.

Quant aux diverses interprétations données au texte coranique, elles resteront inscrites dans le cadre précis de ce texte et ne  représenteront donc que des conceptions plus ou moins élaborées ou raffinées, ne pouvant jamais contredire le donné scripturaire, qui seul fait foi. Ces interprétations n’auront donc jamais à porter sur le dogme, mais sur des aspects secondaires, sur la façon de comprendre une métaphore ou un symbole. C’est ainsi que le croyant le plus illettré ne s’écartera pas – ne peut s’écarter – du donné révélé, mais qu’il prendra peut-être au ras du sens obvie les descriptions d’un Paradis rempli d’ombrages et d’eaux vives, tandis que le philosophe n’y verra que des symboles de la Béatitude éternelle.

En présence d’un texte sûr et reconnu, la question essentielle  demeure quant au fond : comment affirmer qu’il ne s’agit pas là d’une œuvre purement humaine ? La personnalité du Prophète, sa parfaite loyauté attestée par ses pires ennemis, permet d’écarter a priori l’imposture.

On comprendrait difficilement son courage à supporter  les pires épreuves pour témoigner de sa mission qui ne lui valut, en fin de compte, que de grandes souffrances.

<< Jamais homme, a-t-on dit de lui, ne se proposa, volontairement ou involontairement, un but plus sublime, puisque ce but était surhumain : saper les superstitions interposées entre la création et le Créateur, rendre Dieu à l’homme et l’homme à Dieu, restaurer l’idée rationnelle et sainte de la Divinité dans ce chaos de dieux  matériels et défigurés de l’idolâtrie.

<< Jamais homme n’entreprit, avec de si faibles moyens, une œuvre si démesurée aux forces humaines, puisqu’il n’a eu, dans la conception et dans l’exécution d’un si grand dessein, d’autres instruments que lui- même et d’autres auxiliaires qu’une poignée de barbares dans un coin du désert.

<< Enfin, jamais homme n’accomplit en moins de temps une si immense et si durable révolution dans le monde puisque, moins de deux siècles après sa prédication, l’Islam prêché et armé régnait sur les trois Arabies, conquérant à l’Unité de Dieu la Perse, le Khorassan, la Transoxiane, le Caucase, l’Inde occidentale, la Syrie, l’Egypte, l’Ethiopie, tout le continent connu de l’Afrique septentrionale, plusieurs îles de la Méditerranée, l’Espagne et une partie de la Gaule.

<< Si la grandeur du dessein, la petitesse des moyens et l’immensité du résultat sont les trois mesures du génie de l’homme, qui osera comparer humainement un grand homme de l’histoire moderne à Mahomet ? Les plus fameux n’ont remué que des armes, des lois, des empires ; ils n’ont fondé (quand ils ont fondé quelque chose) que des puissances matérielles écroulées souvent avant eux. Celui-là a remué des armes, des législations, des empires, des peuples, des dynasties, des millions d’hommes sur un tiers du globe habité ; mais il a remué de plus des autels, des dieux, des religions, des idées, des croyances, des âmes. Il a fondé sur un Livre, dont chaque lettre est devenue loi, une nationalité spirituelle qui englobe des peuples de toute langue et de toute race, et il a inspiré, pour caractère indélébile de cette nationalité musulmane, la haine des faux dieux et la passion du Dieu Un et immatériel. Ce patriotisme vengeur des profanations du ciel fut la vertu des enfants de Mahomet ; la conquête du tiers de la terre à son dogme fut son miracle, ou plutôt ce ne fut pas le miracle d’un homme, ce fut celui de la raison. L’idée de l’Unité de Dieu, proclamée dans la lassitude des théologies fabuleuses, avait en elle-même une telle vertu qu’en faisant explosion sur les lèvres, elle incendia les vieux temples des idoles et alluma de ses lueurs un tiers du monde.

<< Sa vie, son recueillement, ses blasphèmes héroïques contre les superstitions de son pays, son audace à affronter les fureurs des idolâtres, sa constance à les supporter quinze ans à La Mecque, son acceptation du rôle de scandale public et presque de victime parmi ses compatriotes, sa fuite enfin, sa prédication incessante, ses guerres inégales, sa confiance dans les succès, sa longanimité dans la victoire, son ambition toute d’idée, nullement d’empire, sa prière sans fin, sa conversation mystique avec Dieu, sa mort et son triomphe après le tombeau…

Philosophe, orateur, apôtre, législateur, conquérant d’idées, restaurateur de dogmes, fondateur de vingt empires terrestres et d’un empire spirituel, voilà Mahomet.

<< À toutes les échelles où l’on mesure la grandeur humaine, quel homme fut plus grand ? >> Ce vibrant hommage, ce n’est pas à un musulman qu’il est dû, mais à Alphonse de Lamartine, dans son Histoire de la Turquie, II.

C’est pourquoi, depuis plus de treize siècles, tous les musulmans évoquent avec gratitude, dans leurs oraisons, le Messager de Dieu. Evoquent, et non invoquent, car on ne prie que le Seigneur seul.

La véritable stature du Prophète est généralement ignorée en Occident, tant du fait des polémiques anciennes que de la difficulté rencontrée souvent par un non-muslman pour comprendre, en raison de son engagement dans des activités sociales, politiques, économiques, son rôle d’archétype de la vie spirituelle. Non seulement il consacra toute sa vie, au prix des pires difficultés, à témoigner de sa certitude d’avoir reçu de Dieu une Révélation – le Coran – dont il se fit le fidèle transmetteur, mais il dut jouer le rôle de législateur et de chef de la Communauté.

Le seul miracle revendiqué par l’Islam réside en cette Révélation même. Né à La Mecque, en 570 de l’ère chrétienne, Muhammad était orphelin, illettré et pauvre. Il travaillait comme caravanier. Sa famille était dans l’ensemble idolâtre, comme c’était le cas pour les Mecquois moyens.

Cependant, il cherchait autre chose et avait coutume de se livrer à la retraite dans une grotte des environs de La Mecque.

C’est là, après des années, à l’âge de quarante ans (en 610) que lui vint une Révélation divine : << Lis, au Nom de ton Seigneur… >> (Coran, XCVI, 1). Mais Muhammad protesta qu’il ne savait pas lire. Durant vingt-trois années, ces révélations allaient se succéder à des intervalles variables, par fragments qui furent ensuite réunis pour constituer le Coran, le Livre saint de l’Islam. Celui-ci se présente aujourd’hui comme un volume composé de 114 chapitres ou sourates, de longueur inégale, dont le texte a été l’objet, très tôt, d’une recension ne varietur.

Aucune traduction ne peut rendre la beauté inimitable de la langue du Coran : elle n’a jamais été égalée et, encore actuellement, sert de modèle. Par ailleurs, l’unité profonde, la logique interne sous-jacente à l’émiettement des révélations au cours de deux décennies paraît, à vue humaine, inexplicable. En effet, au fur et à mesure de la << descente >> de ces versets, chaque fragment fut classé dans tel ou tel chapitre parmi ceux qui restaient inachevés, à un endroit déterminé, conformément à un plan à la fois littéraire et logique : de la prophétie à l’apostolat ; de l’appel adressé aux proches, puis à la Cité ; le premier appel étant l’avertissement donné à Muhammad qu’il va recevoir un enseignement divin, le dernier étant l’annonce de la fin de sa mission, très peu de temps avant sa mort.

Il existe au Caire un très curieux et émouvant << Coran >> : c’est la première dictée faite à Alî, cousin et gendre du Prophète (ce dernier, nous l’avons dit, ne savait ni lire ni écrire). Il s’agit de morceaux de peau de gazelle, de formes et de tailles diverses, sur lesquelles ont été notés << au vol >>, pourrait-on dire, ces versets au fur et à mesure qu’ils étaient inspirés. Et l’on perçoit, de façon sensible, la spontanéité de ces paroles transcrites sur le vif. Ce sont ces innombrables fragments qui furent ensuite rassemblés dans un ordre indiqué par le Prophète lui-même.

La Parole de Dieu, nous l’avons dit, dans le Christianisme, c’est le Christ ; dans l’islam, c’est le Coran. Les mystiques musulmans ont comparé la nature illettrée du Prophète à la virginité de Marie, Mère de Jésus. << Si ton âme est assez pure et assez pleine d’amour, écrit Rûmî, elle devient comme Marie, elle engendre le Messie. >> Et Hallâj : << Nos consciences sont une seule Vierge où seul l’Esprit de Vérité peut pénétrer. >> L’âme, réceptacle de la Parole divine, doit être entièrement passive, pure, abandonnée, sans intervenir par elle-même. C’est ainsi que le Prophète de l’islam reçut et transmit le Message qui lui était confié, sans faire écran, sans rien lui ajouter.

Ce Message – le Coran – représente pour tout musulman   une interpellation, un appel, un guide destiné à le mener << dans le droit chemin >> du berceau jusqu’à la tombe,  en lui enseignait tout ce qu’il lui faut savoir pour réaliser sa pleine stature spirituelle et parvenir à la béatitude éternelle.

Il est donc doctrine métaphysique, loi sacrée régissant tous les aspects de la vie, injonctions morales. L’Islam est à la fois une religion, une volonté de vivre ensemble, une vision du monde. Un même Livre, un même Prophète, une éthique très élevée qui doit se traduire en actes.

C’est ainsi que le Coran déclare :

<< La piété ne consiste pas à tourner votre tête du levant au couchant. Mais la piété consiste à croire en Dieu, au Jour dernier, aux anges, à l’Ecrit, aux prophètes,   à donner de son bien, pour attaché qu’on y soit, aux proches, aux orphelins, aux miséreux, aux enfants du chemin, aux mendiants, et pour l’affranchissement de nuques (esclaves), à accomplir la prière, à acquitter la purification, à remplir les pactes une fois conclus, à prendre patience dans la souffrance et l’adversité au moment du malheur : ceux-là sont les véridiques, ce sont eux qui se prémunissent. >> (Coran, II, 177.)

L’homme élu de Dieu, pleinement responsable de ses actes, a pour mission de servir Dieu et les hommes. Il se fondera pour cela sur la notion de l’Unité divine, qui n’est pas seulement une affirmation d’ordre métaphysique, mais une force unifiante, lui redonnant sa véritable place dans la nature : celle d’une créature faite pour adorer son Créateur.

<< Aucune forme de la réalité, écrit l’un des plus grands penseurs musulmans contemporains, Muhammad Iqbal, n’est aussi puissante, aussi vivifiante, aussi magnifique que l’esprit de l’homme ! Ainsi, dans son être intime, l’homme, tel que le conçoit le Coran, est une activité créatrice… C’est le sort de l’homme que de participer aux aspirations les plus profondes de l’univers qui l’entoure et de façonner sa propre destinée, aussi bien que celle de l’univers, tantôt en s’adaptant aux forces   de cet univers, tantôt en consacrant toute son énergie   à se servir de ces forces à sa propre intention. Et, dans ce processus de changements progressifs, Dieu devient le compagnon de l’homme dans sa tâche, pourvu que l’homme en prenne l’initiative :  » puisque   l’homme a des accompagnateurs qui le précèdent et le suivent pour le garder, de par l’ordre de Dieu, Dieu ne modifie pas l’état d’un peuple qu’ils ne l’aient modifié de leur propre chef… » >> Coran, XIII 11.) [2] Le fait de se situer par rapport à une Transcendance va impliquer à la fois une certaine attitude de l’esprit et de l’intelligence à l’égard des signes répandus par Dieu dans l’oeuvre de Ses mains, un certain comportement vis-à-vis des autres, enfin le respect des obligations et rites prescrits.

Et tout d’abord, il convient de remarquer à quel point tout conformisme, toute soumission aveugle à une autorité en matière religieuse sont prohibés par l’Islam. La foi a été souvent définie par les penseurs musulmans comme l’adhésion au donné révélé avec la pleine liberté de l’intelligence   et du coeur. Le Coran fait d’ailleurs un appel constant à la réflexion, à l’observation : << Le but du Coran, dans cette observation réfléchie de la nature, est d’éveiller en l’homme la conscience de ce dont la nature est considérée   comme un symbole [3]. >> Dieu n’a-t-il pas multiplié Ses signes << aux horizons et dans le cœur des hommes >>, comme le précise encore le Livre saint, qui rappelle :

<< Vraiment, il y a dans la citation des cieux et de la terre, dans l’alternance du jour et de la nuit, dans la  course des navires sur la mer, chargés d’utilités pour les hommes, dans l’eau que Dieu fait descendre du ciel et dont Il fait revivre la terre après l’avoir fait mourir, avant d’y répandre des animaux de toute espèce, dans la modulation des vents et des nuages, Ses agents entre le ciel et la terre, il y a vraiment dans tout cela des signes pour un peuple capable de raisonner. >> (Coran, II, 164.)

Ou encore :

<< Dieu, qui fend la graine et le noyau, fait sortir le mort du vivant, sortir le vivant du mort…/ Lui  qui fend le ciel sur la naissance du jour, fait de la nuit une quiétude, du soleil et de la lune, une base de calcul… / Lui qui disposa pour vous les étoiles afin que bien vous vous guidiez dans les ténèbres du continent et de la terre – Nous articulons les signes pour un peuple qui saurait >> (Coran VI, 95 sq.) << Il  y a parmi Ses signes qu’il ait créé pour vous à partir de vous-mêmes des épouses, afin qu’auprès d’elles vous trouviez l’apaisement ; qu’il ait entre elles et vous établi affection et miséricorde – En quoi résident des signes pour un peuple capable de réfléchir. / Il y a parmi Ses signes, la création des cieux et de la terre et la différence de vos langues et de vos sortes – En quoi résident des signes pour ceux qui savent. / Il y a parmi Ses signes, votre sommeil nocturne et diurne, votre quête d’un peu de Sa grâce…>> (Coran XXX, 21 sq)

Cet esprit concret, empirique, du Coran, a conduit les peuples de l’Islam, et spécialement les Arabes, à être les pionniers des méthodes expérimentales : Roger Bacon, considéré généralement comme en étant le premier instigateur, ne se lassait jamais de répéter que, pour ses contemporains, la culture islamique était la seule possibilité d’accès à une véritable connaissance scientifique. Or, si le Livre saint et les Paroles du Prophète recommandent l’étude, durant toute leur vie, à tous les musulmans et à toutes les musulmanes, dussent-ils partir à la recherche «  jusqu’en Chine » , c’est parce que la quête de la vérité est une prière. C’est pourquoi «  l’encre du savant est aussi précieuse que le sang du martyr » (hadith prophétique).

Aussi les savants musulmans ont-ils toujours considéré que, si leur devoir était d’observer les signes de Dieu dans la nature, l’histoire, la psychologie humaine, et non de passer auprès d’eux « comme s’ils étaient sourds et aveugles », c’est essentiellement parce que «  celui qui ne voit pas les signes dans cette vie restera aveugle aux réalités de la vie à venir ». Il s’agit, en définitive, de remonter du signe à la chose signifiée et, de là, au Créateur de ces choses.

C’est ainsi qu’un grand mystique musulman du Moyen Age invite «  à étudier les diverses phases par lesquelles passe l’embryon et à s’émerveiller qu’un individu raisonnable provienne de la conjonction de deux cellules. Mais, ajoute-t-il, si l’on s’efforçait d’expliquer â ce fœtus encore dans le sein maternel que se trouvent au dehors un ciel, un soleil, un clair de lune, des provinces, des villes, des jardins…, quelle signification cela pourrait-il avoir pour lui, dans l’hypothèse où il serait doué d’intelligence ? » « De même, dit-il, l’homme dans sa condition charnelle est incapable de saisir une autre dimension : et pourtant, elle existe.»

L’étude sera prière en ce que, d’une part, elle conduit à l’émerveillement devant le créé. Le chameau, l’abeille si active, et jusqu’à l’image du ciron (Coran, LXXXVIII, 17,XVI, 68-69 ; II, 26, etc) incitent à, l’adoration en montrant, comme le dit Mahmoud Shabestari, que « l’univers est le Livre de la Vérité très-haute » . Et, en même temps, ils révèlent que cette prodigieuse diversité est le reflet, dans le miroir du Cosmos, de l’Unité divine.

« Deus exterior exterio meo, Deus interior interio meo », disait saint Augustin. Et Ibn ‘Arabî : « Nous savons que Dieu S’est décrit Lui-même comme l’Extérieur et comme l’Intérieur, et qu’Il a manifesté le monde à la fois comme intérieur et comme extérieur, afin que nous connaissions l’aspect « intérieur » de Dieu par notre propre intérieur, et « l’extérieur » par notre extérieur »[4].

D’autre part, l’intelligence se voit obligée de reconnaître ses propres limites. La deuxième sourate du Coran, qui ne cesse de faire appel à la raison, pose comme préalable, dès ses premiers versets, en tant que propédeutique à la connaissance, l’acceptation d’un autre « ordre », qui est celui du mystère. C’est à l’Absolu que doit être rapporté tout ce qui est relatif : c’est le sens même de la Profession de foi musulmane il n’y a pas de réalité autre que la Réalité ultime, rien ne doit être associé à Dieu. « C’est Lui qui dans le ciel est Dieu, sur la terre Dieu, Lui le Sage, le Connaissant. » (Coran, XLIII, 84). La prise de conscience de l’unité intérieure, reflet de l’Unicité divine dans le miroir du cœur et non plus cette fois du Cosmos, conduit à l’absence de séparation entre le sacré et le profane, le matériel et le spirituel. Tout est relié au Centre qui gouverne toutes choses.

Du point de vue doctrinal, le Coran se présente comme critère (furqân) qui permet de distinguer le bien du mal, la vérité de l’erreur. L’Islam, dernière venue des trois religions abrahamiques, n’est qu’un rappel – le Coran insiste à maintes reprises sur ce point de ce qu’ont apporté les prophètes par la bouche desquels Dieu a parlé « en divers temps et en divers lieux », comme le dit saint Paul. C’est ce que le Coran affirme constamment : puisque la vérité ne peut être qu’une, toujours et partout, la Révélation, en son essence, ne peut qu’être la même pour tous les peuples, en tous les temps. Ce qui va différer, ce seront donc les interprétations humaines d’un donné révélé, les législations religieuses. La diversité de ces approches est d’ailleurs voulue par Dieu :

« … Si Dieu avait voulu, Il aurait fait de vous une communauté unique ; mais, Il voulait vous éprouver en Ses dons. Faites assaut de bonnes actions vers Dieu. En Lui, pour vous tous, est le retour. Il vous informera de ce qu’il en est de vos divergences. », (Coran, V, 48.)

Ou, comme le dit un mystique musulman :

« Si les chemins sont différents, le but est unique. Ne sais-tu pas que plusieurs chemins mènent à la Ka’ba ? Pour certains, le chemin de la Ka’ba passe par Byzance, pour d’autres par la Syrie, pour d’autres par la Perse, pour d’autres par la Chine, pour d’autres par la mer du côté de l’Inde et du Yémen. Les chemins diffèrent, le but est unique, tous les coeurs sont unanimes pour la Ka’ba ; il y a une correspondance, un amour et une grande affection dans le cœur pour la Ka’ba. Là, aucune contradiction n’existe ; le but n’appartient ni à l’infidélité ni à la foi. Quand les gens arrivent là-bas, toutes les querelles, disputes et différends qui surgirent en cours de route s’aplanissent. Et ceux qui se disaient l’un l’autre, chemin faisant : «   Tu as tort et tu es impie », oublient leur querelle une fois arrivés, car leur but était uniques. »[5]

L’universalisme de l’islam est manifesté avec tant de vigueur par le Coran qu’on ne peut s’empêcher d’être stupéfait de l’accusation de « fanatisme » portée si souvent contre la religion musulmane (à moins que ce qui est « ferveur » en deçà des Pyrénées, ne soit considéré comme « fanatisme » au-delà !). Témoin ce verset :

« Ceux qui croient, ceux qui suivent le Judaïsme, les Chrétiens, les Mandéens, quiconque croit en Dieu et au Jour dernier, effectue l’œuvre salutaire, ceux-là trouveront leur salaire auprès de leur Seigneur. Il n’est pour eu de crainte à nourrir, et ils n’éprouveront nul regret. » (Coran, II, 62.)

L’Unicité divine se reflète dans l’unité fondamentale du genre humain. « Tuer une âme est coupable…, dit le Coran, c’est comme d’avoir tué l’humanité entière » (Coran, V, 32). L’exigence de justice est impérative : « Je vous ai constitués en témoin de la justice. » La justice vis-à-vis des autres est garante de la sincérité du témoignage rendu à Dieu et en est indissociable. Les prescriptions qui constituent ce qu’on appelle « les piliers de l’Islam » présentent ce double caractère. En outre, les pratiques rituelles constituent le ciment de la communauté : d’un bout à l’autre de l’immense monde musulman, on se retrouve entre frères, priant de la même façon, aux mêmes heures, jeûnant et rompant le jeûne avec les mêmes gestes, les mêmes paroles. La vie quotidienne est sacralisée par cette constante référence à des valeurs à la fois transcendantes et partagées.

La vie du Musulman requiert, outre la profession de foi (chahada) qui la fonde et qui consiste à attester que « Point de divinité si ce n’est Dieu et Muhammad est l’Envoyé de Dieu » en prononçant la formule « Lâ ilâhâ illa-llâh Muhammad rasûlu-l-llâh », des pratiques rituelles prescrites par le Coran, et donc obligatoires, à savoir : la prière, le jeûne, la purification des biens et le pèlerinage.

La prière (salât). C’est de prier cinq fois par jour. Elle est considérée comme un don de Dieu aux hommes, accordé au Prophète de l’Islam pour sa communauté lorsde son ascension (al-mîrâj), au cours de laquelle il fut transporté jusqu’à la Présence divine (c’est le commentaire de ce voyage spirituel qui, on le sait, a inspiré la Divine Comédie de Dante). Nous étudierons plus loin ses modalités.

La purification des biens (zakât). C’est de s’acquitter de la zakât. Ce n’est ni une aumône, ni une « charité » ni un impôt. C’est la remise volontaire mais obligatoire aux pauvres de la communauté de la partie des revenus qui est en superflu des besoins immédiats, l’usure et la thésaurisation étant interdites. Chose caractéristique, le Coran parle en même temps de la célébration des offices et du paiement de la zakât. En donnant à ses frères une partie de ce que l’on reçoit, on sacralise la vie dans son aspect économique. C’est un devoir envers Dieu et les autres, et c’est une forme de prière.

Outre la zakât, le Coran parle de l’aumône proprement dite, sadaqa, qui n’est pas une institution sociale obligatoire, tout en étant expressément recommandée en tant qu’acte de bienfaisance et de justice.

Le jeûne (syyâm). Le jeûne, prescrit durant tout le neuvième mois lunaire du calendrier islamique (Ramadhan), est obligatoire à tout croyant parvenu à l’âge de la puberté, à moins d’empêchements majeurs : malades, voyageurs, femmes enceintes ou nourrices, travailleurs effectuant des tâches pénibles, personnes âgées… Selon les cas, l’abstention du jeûne doit être compensée par des aumônes ou être remplacée par d’autres jours. La formulation de l’intention est nécessaire à sa validité.

Depuis l’aube jusqu’à la nuit, toute nourriture, toute boisson, toute relation sexuelle sont interdites. Ce jeûne total, sans boire même une goutte d’eau, représente une dure ascèse : il suffit de penser à tous ceux qui peinent, avec parfois 50° à l’ombre ! Et pourtant, il est vécu dans la joie. C’est un temps sacré, durant lequel les coeurs se fortifient par cette offrande faite au Seigneur qui répand Sa grâce sur ceux qui demeurent patients dans les difficultés. Les versets du Coran psalmodiés dans les maisons des villes et des villages, où familles et amis veillent assemblés, s’éclairent pour eux d’une lumière toujours nouvelle. Ainsi se souviendront-ils que « A chacun une direction vers où se tourner dans la prière. Mais faites assaut de bonnes œuvres, où que vous soyez, car Dieu vous rejoindra tous » (Coran, II, 148) et méditeront-ils la Parole divine :

« A vous de parfaire le nombre imparti (pour le jeûne), en glorifiant Dieu de Sa guidance… Peut-être Lui en aurez-vous gratitude. Que si Mes adorateurs t’interrogent sur Moi, Je suis tout proche à exaucer l’invocation de qui M’invoque, quand on M’invoque. » (Coran, II, 185-186.)

Le sentiment de proximité du Seigneur, perçu avec une intensité particulière en ce mois « pendant lequel fut commencée la descente du Coran, en tant que guidance pour les hommes » (Coran, II, 185) doit se traduire dans les faits par une assistance accrue à l’égard des membres de la Communauté ; la fraternité qui les unit toute l’année doit se manifester davantage encore, favorisée par une prise de conscience plus aiguë de la souffrance de ceux qui sont démunis : ne faut-il pas avoir éprouvé la faim et la soif pour comprendre la misère d’autrui ? C’est là un des sens essentiels du Ramadhan.

La vingt-septième nuit de ce mois de Ramadhan est la Nuit du Destin, ou du Décret, Laylat al-Qadr, Nuit où le Coran commença à être dicté au Prophète :

« C’est Nous qui le fîmes descendre dans la Nuit grandiose. Qu’est-ce qui peut te faire comprendre ce qu’est la Nuit grandiose ? La Nuit grandiose vaut plus qu’un millier de mois. En elle font leur descente les anges et l’Esprit, sur permission de leur Seigneur, pour tout décret. Salut soit-elle jusqu’au lever de l’aube ! » (Coran, XCVII.)

Ces versets pleins de mystère rappellent l’évènement providentiel qu’est la Révélation de la Parole divine. On célèbre dans les mosquées, en cette date anniversaire, un office où le Coran est récité tout entier.

Les légendes musulmanes expriment l’émerveillement devant cette nuit sainte en faisant d’elle un temps de prodiges, peuplé du bruissement d’ailes des anges, et auquel participent toutes les créatures.

Trois jours plus tard, l’apparition de la nouvelle lune indique le moment de célébrer la « petite fête ». Comme à l’accoutumée, l’aspect communautaire prédomine ; on distribue de l’argent, des vêtements, des provisions, des jouets pour les enfants. La plus humble demeure s’emplit de joie et d’amitié.

Chaque soir, durant le mois écoulé, on s’était adressé à Dieu : « Ô mon Dieu, j’ai jeûné pour Toi, je me fie à Toi et grâce à Toi je romps le jeûne. » C’est pour Lui seul qu’on s’était abstenu, non seulement de tout aliment ou plaisir sensuel, mais aussi, du mieux qu’on le pouvait, des pensées vaines, de paroles critiques ou oiseuses : car il s’agit avant tout d’un jeûne du cœur, et le silence lui-même en est un signe : tel ce silence de la Vierge Marie au Temple, dont le vœu de silence était, comme le dit admirablement un mystique musulman, « une virginité de surcroît ». En définitive, le sentiment habitant les fidèles, ce n’est pas d’avoir gagné un quelconque mérite, mais, ainsi que le relève le Coran dans le verset cité plus haut, la gratitude : gratitude d’avoir pu accomplir jusqu’au bout, avec l’aide du Très-Haut, une ascèse purificatrice et d’avoir eu l’occasion, en communion avec tous ses frères, de témoigner de son amour.

Le pèlerinage (hajj). Le pèlerinage à La Mecque est obligatoire pour tout musulman ou toute musulmane en mesure de l’accomplir au moins une fois dans sa vie. Alors qu’en chrétienté il existe de nombreux lieux de pèlerinage – Lourdes, Saint-Jacques-de-Compostelle, Fatima, Chartres -, celui de l’Islam est unique. Les sanctuaires et les mausolées des saints ne font l’objet que de visites, respectueuses certes, mais où l’on s’adresse à Dieu sans intermédiaire. Le pèlerinage proprement dit doit être effectué durant le mois lunaire de dhû-l-hijja. Le « petit » pèlerinage (‘umra) peut être accompli n’importe quand et ne comporte pas tous les rites du « grand » pèlerinage.

Des multitudes, chaque année plus nombreuses – quelque deux millions d’hommes et de femmes en moyenne -, viennent de tous les coins du monde témoigner de leur foi monothéiste en cette cité de La Mecque où se trouve le premier sanctuaire élevé par Abraham, Père de tous les croyants. Centre vers lequel convergent quotidiennement les prières d’un quart du genre humain, c’est aussi un symbole de l’Unité qui rassemble tous les adorateurs du Dieu Un, sans distinction de classes, de races, tous également vêtus d’humble cotonnade blanche, implorant le pardon de leurs péchés et offrant à Dieu l’épreuve des difficultés rencontrées. Le sentiment de faire partie d’une immense communauté, d’être la cellule d’un corps unifié, marque de son empreinte chaque pèlerin, conscient de cette supranationalité qu’est l’Islam, de la fraternité que cela implique. Et pour la première, peut-être la seule fois de sa vie, le pèlerin va faire une bouleversante rencontre. Durant toute son existence, il prie soit seul, soit avec ses coreligionnaires. Dans les deux cas, il se tourne vers la Ka’ba et, si l’office est récité en groupe, il ne voit que les rangées des fidèles, ou l’imam, derrière lesquels il se trouve placé. Mais à La Mecque, il est arrivé au Centre, l’espace est aboli. Ce qu’il va apercevoir en face de lui, c’est le visage de son frère ou de sa sœur en Islam, accomplissant les rites sacrés. Au-delà de toute orientation, au foyer qui rassemble les orants comme autant de rayons enfin reliés entre eux en un même point, à la fois géographique et spirituel, ce que l’on trouve, c’est le prochain.

Lors de l’assemblée solennelle qui se tient à ‘Arafat, où les pèlerins vivront le moment le plus fort sans doute du hajj – toute une journée d’oraisons -, ils vont se remémorer le Sermon d’adieu adressé, en 632, à la foule des musulmans, par le prophète lors de son dernier pèlerinage :

« Ô hommes, vos vies et vos biens sont sacrés et inviolables, jusqu’à ce que vous vous teniez devant votre Seigneur (au jour du Jugement)… En vérité, vous apparaîtrez devant votre Seigneur qui vous questionnera au sujet de vos actions… Ne faites de tort â personne… Ô hommes, vous avez des droits sur vos épouses, et elles ont réciproquement des droits sur vous. Traitez les femmes avec douceur. Vous les avez prises uniquement sur la garantie qui vous a été donnée par Dieu, et vous avez rendu leurs personnes légitimes pour vous-mêmes, selon le commandement formel de Dieu.

« Aussi, comprenez mes paroles, Ô hommes, car en vérité j’ai délivré le Message et vous ai laissé une chose claire – si vous vous y tenez fermement, vous ne serez jamais dans l’erreur -, à savoir le Livre de Dieu et la pratique de Son Prophète.

« Ô hommes, écoutez mes paroles et comprenez-les. En vérité, sachez que chaque musulman est un frère pour chaque autre musulman, et les croyants constituent une fraternité. »

Et le Prophète ajouta : « Ô Seigneur, ai-je délivré Ton message ? » Le peuple dit : « Oui, ô Dieu. » Et le Prophète dit : « Sois Témoin, ô Seigneur. »

« Accomplissez la prière, acquittez la purification, inclinez-vous ceux qui s’inclinent. » (Coran, III, 43)

« Promouvoir les droits de Dieu et les droits des hommes » ; tel apparaît le sens de ces prescriptions qui régissent la vie de tous les musulmans. Et, de même que l’Islam ne connaît pas de distinction entre le temporel et le spirituel, rendre justice au Créateur et à Ses créatures s’inscrira dans un même élan de foi et d’amour. C’est à l’unique Réalité ultime, l’Absolu, plus grand que tout ce qui peut se concevoir, que doit se rattacher toute manifestation de l’existence humaine : chaque acte doit en porter témoignage, et donc être prière.

La prière en Islam de Eva de Vitray-Meyerovitch Ed.Albin Michel 2003

1.     Les citations coraniques figurant dans cet ouvrage sont extraites de Le Coran, essai de traduction, Jacques Berque, éd. Albin     Michel, Paris, 1995.

2.    Reconstruire la pensée religieuse de l’Islam, Mohammed Iqbal, traduction de Eva de Vitray-Meyerovitch, éd. du Rocher / Unesco, p. 12.

3.     Ibid., pp. 12-13.

4.     Fuçuç  al-Hikam, Ibn ‘Arabi, traduction partielle de Titus Burckhardt, La sagesse des prophètes, Paris 1974, éd. Albin Michel, p. 34.

5.     Le livre du Dedans, Djalâl-ud-Dîn Rûmî, traduction de Eva de Vitray-Meyervitch, Paris, 1977, éd. Albin Michel, chap. 23.

6.     Al Insân al-Kâmil, ‘Abd al-karîm al-Jîlî, éd. Du Caire.

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